Rattrapage des actus du week-end, format long sur le coup d’état en Birmanie, procès de trois jihadistes grâce à la cyber infiltration de la DGSI, régime sucré pour Jair Bolsonaro : Voici les informations nationales et internationales qui ont retenu mon attention aujourd’hui.
National
Procès de trois djihadistes ayant projeté des attentats jihadistes en 2016
Aujourd’hui s’ouvre, à la cour d’assises spéciale de Paris, le procès de trois hommes affiliés au groupe Etat islamique. Ils sont soupçonnés « d’association de malfaiteurs terroriste en vue de la préparation de crimes d’atteinte aux personnes ».
Concrètement, les strasbourgeois Yassine Bousseria et Hicham Makran, en plus du marocain Hicham El Hanafi, ont voulu commettre des attentats en décembre 2016. Pour cela, ils risquent jusqu’à trente ans de réclusion criminelle.
Les trois hommes ont été arrêtés avant de passer à l’action grâce l’action de la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI). L’un de ces acteurs témoignera au procès. Connu sous le pseudonyme d’« Ulysse », il est un agent « cyberpatrouilleur ». Il s’est introduit dans une boucle de la messagerie cryptée Telegram et s’est fait passer pour un fournisseur d’armes. Pendant son infiltration, il a pu identifier et piéger les accusés strasbourgeois grâce à une cache d’arme surveillée. En novembre 2016, lorsque les jihadistes se sont déclarés prêts à passer à l’action, la DGSI les a arrêtés. Quant à Hicham El Hanafi, il a été appréhendé en novembre 2016 à Marseille dans le cadre d’une autre opération de cyber infiltration. Un haut cadre de l’EI aurait demandé de lui fournir des armes et de lui trouver un logement sûr. La DGSI a intercepté le message puis identifié l’agent marocain.
Pas de fonds de solidarité pour les clandestins
Ce matin, le ministre de l’Economie, Bruno Le Maire, a annoncé que les restaurants qui enfreignent les règles en servant des clients clandestinement seront privés d’accès au fonds de solidarité « pendant un mois ». S’ils récidivent, la sanction sera définitive.
Le ministre déclare que ces résistances ne sont que « quelques cas isolés en France ». Bruno Le Maire ajoute qu’il ne « ne veux pas que ça se répande, que ça devienne soit une habitude, soit une façon de braver l’interdit », arguant que ces mesures ne sont pas « un interdit, mais une règle collective pour garantir la santé de tous ».
Selon Bercy, la sanction concerne tous les commerces qui enfreindraient les règles.
Les entreprises en fermeture administrative sont actuellement indemnisées à hauteur de 10.000 euros par mois ou de 20% du chiffre d’affaires 2019 dans la limite de 200.000 euros par mois.
Ce fond est sensée permettre aux commerçants de survivre à cette crise économique et sanitaire. Cependant, des commerçants ouvrent toujours et déclarent ouvertement qu’une fermeture administrative avec des aides ne leur permet pas de tenir. Lorsqu’une personne est acculée, elle trouve des solutions désespérées : l’ouverture clandestine en est une. Pour les commerces dans des situations extrêmes, la menace de perdre le fond de solidarité devient logiquement négligeable.
Manifestations contre la loi sécurité globale
Samedi, 32 700 personnes se sont mobilisées en France pour manifester contre la loi « sécurité globale ».
L’article 24 de cette loi est critiqué par les défenseurs des libertés publiques et les syndicats de journalistes. Il pénalise la diffusion « malveillante » d’images des membres des forces de l’ordre. Selon le gouvernement, la mesure vise à protéger les policiers victimes d’appels à la haine et au meurtre sur les réseaux sociaux. Pour les opposants, elle permettrait aux policiers d’empêcher des gens de les filmer en intervention et donc de les empêcher sur place de collecter des preuves et de la documentation sur les violences policières.
Le tueur de Valence est mis en examen pour « assassinats »
Samedi, Gabriel F., ingénieur sans emploi de 45 ans, a été mis en examen et incarcéré samedi pour « assassinats ». L’homme a perpétré un double meurtre, jeudi 28 janvier dans la Drôme et l’Ardèche. Il a ouvert le feu sur une directrice des ressources humaines et d’une conseillère de Pôle emploi. Le lien avec une tentative d’assassinat d’un DRH dans le Haut-Rhin a également été confirmé. Selon la procureure de la République de Mulhouse, l’ADN du suspect a été retrouvé sur les différents lieux du crime. Inconnu des services judiciaires et des services de renseignements, le suspect est resté mutique durant sa garde a vue. Selon le Journal du dimanche, Gabriel F a laissé deux lettres « pouvant être considérées comme des lettres d’adieu », celle-ci ont été récupérées durant une perquisition du domicile du tueur à Nancy.
International
Long format : Coup d’état en Birmanie
C’est LE sujet à la une de l’actualité internationale, impossible de le louper.
Si vous me le permettez, commençons d’abord par un intermède étymologique.
La Birmanie est également appelée Myanmar et la façon dont vous nommez le pays est un choix politique : Si vous voulez respecter la volonté du gouvernement local, vous nommez le pays « Myanmar » (comme l’ONU).
En revanche si vous avez envie de titiller la junte militaire et la dictature de généraux au pouvoir qui a tenté par deux fois de changer l’appellation du pays : vous pouvez dire « Birmanie ».
Retour à l’action : L’armée birmane a pris le pouvoir lors d’un putsch contre le gouvernement démocratiquement élu d’Aung San Suu Kyi.
Prix Nobel de la paix de 1991, elle est de facto la chef du pays depuis 2016. Elle a été arrêtée aujourd’hui, ainsi que plusieurs autres dirigeants de son parti : la Ligue Nationale pour la démocratie (LND).
L’armée a, pour des raisons de « stabilité », proclamé l’Etat d’urgence pour une période d’un an. Dans un communiqué, elle annonce que des « élections générales libres et équitables » seraient organisées à la fin de l’Etat d’urgence afin de mettre en place « une véritable démocratie multipartite ».
D’ici là, c’est le général Min Aung Hlaing, commandant en chef de la Tatmadaw (les forces armées), qui possède les pouvoirs « législatif, administratif et judiciaire ».
Ce coup d’Etat tire directement ses origines des élections législatives du 8 novembre dernier. La LND a largement remporté le scrutin et écrasé ses adversaires. Le parti possède 82% des sièges du Parlement qui devait entamer sa première session quelques heures avant les arrestations.
Cette victoire de la LND n’est pas acceptée par l’armée et il n’est pas difficile de comprendre pourquoi : le Parti de l’union, de la solidarité et du développement (USDP), représentant de la formation des militaires, n’a récupéré que 33 des 476 sièges du Parlement.
À travers plusieurs régimes entre 1962 et 2011, l’armée a dirigé le pays d’une main de fer avant de transférer une partie du pouvoir en 2008 avec la création d’une nouvelle Constitution. Son but était de permettre une transition démocratique contrôlée.
Le mot important ici est « contrôlée » : Un quart des sièges du Parlement sont normalement réservés aux militaires. Ils nomment un des vice-présidents du pays. Il est obligatoire d’obtenir leur accord pour modifier la Constitution et les postes clés du ministère de l’Armée, des Frontières et de l’Intérieur leurs sont réservés. Autant dire que le raz-de-marée électoral de la LND ne plait pas du tout au camp des anciens dictateurs.
La semaine dernière, le major général Zaw Min Tun, porte-parole de l’armée, déclarait que les élections « n’ont pas été libres, ni justes » à cause du contexte de pandémie de Covid-19. Ces déclarations étaient accompagnées d’accusations de fraudes massives.
Le général Min Aung Hlaing, déclarait avoir recensé 8,6 millions de cas de fraude, il annonçait également que la Constitution pouvait être « révoquée » dans certaines circonstances.
La commission électorale birmane a d’abord rejeté les accusations de fraude, avant de changer d’avis samedi en assurant qu’elle respecterait et protégerait la Constitution. Nous connaissons désormais la suite : l’armée a arrêté les représentants démocratiquement élu de Birmanie, pris le pouvoir, et détruit 10 ans de travail de transition démocratique pacifique .
Evidemment, le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres « condamne fermement » ces arrestations. Mêmes déclarations de la part des dirigeants de l’Union Européenne, même si on attend toujours de voir à quoi ressemble une réaction concrète de l’ONU et de l’UE quand elles condamnent « fermement » le comportement d’un pays tiers. Passons également le festival de réactions internationales venant de pays dont gouvernement Birman se fiche éperdument. Les seules réactions intéressantes ici sont celles des Etats-Unis et de la Chine.
Les premiers ont exigé la libération des dirigeants interpellés sous menace de réagir en cas de refus. Joe Biden a appelé rendre « immédiatement » le pouvoir, sous peine de sanctions contre le pays.
La Chine, elle, a déclaré que les acteurs politiques birmans devaient « régler leurs différends dans le cadre de la Constitution et des lois, afin de maintenir la stabilité politique et sociale », cette Constitution qui protège les militaires et a servi de support pour lancer un coup d’Etat.
Nouvelles arrestations en Russie
Quitte à parler de mascarades de démocratie, restons dans le sujet avec la Russie.
Une semaine après l’émergence de manifestations importantes pour libérer l’opposant au régime Alexeï Navalny, arrêté le 18 janvier dernier, les Russes ont à nouveau manifesté en masse dans tout le pays. La police a procédé à l’arrestation de 5 400 personnes dans 92 villes du pays. Selon l’Union des journalistes russes, 60 membres de la presse ont été arrêtés.
Ce ne sera une surprise pour personne, mais ces manifestations n’étaient pas autorisées. La police russe a déployé un important dispositif anti-émeute et bloqué l’accès au centre de plusieurs villes : Pas question pour l’image de la Russie de voir à nouveau des milliers de manifestants protester sur les places des villes principales du pays, ce serait désastreux.
À coup de procédures judiciaires, le régime a tenté de réduire le nombre de manifestants entre les deux week-end, parmi eux, les proches alliés d’Alexeï Navalny. Ils ont été assignés à résidence par la justice russe à la veille des manifestations. Cela fait suite à une série de perquisitions sur le domicile de la femme de Navalny et les locaux de son organisation, le Fonds de lutte contre la corruption.
Petit rappel utile : selon l’avocate de M. Navalny, celui-ci risque « environ deux ans et demi » de prison ferme pour avoir violé les conditions d’une condamnation avec sursis, qu’il s’était vu infliger en 2014.
La raison du non-respect des conditions : Alexeï Navalny a été empoisonné le 20 août 2020 avec du Novitchok, un agent neurotoxique mis au point par l’URSS dans les années 1970 et 1980. Cette méthode a également été utilisée contre l’ancien agent Sergueï Skripal, en 2018.
Moscou nie toujours alors même qu’un agent du FSB a avoué les faits lors d’un piège téléphonique.
D’abord hospitalisé en Sibérie, les médecins russes ont déclaré que l’état de santé de l’opposant était dû à son hygiène de vie. Navalny a ensuite été transféré dans un hôpital à Berlin ou il a passé plusieurs semaines dans le coma. Après cinq mois de convalescence en Allemagne, il a été arrêté à l’aéroport lors à son retour au pays le 17 janvier dernier.
Régime sucré pour Jair Bolsonaro
Le président brésilien risque de moins aimer le sucre dans les temps qui viennent : Jair Bolsonaro se noie actuellement dans un scandale à base de lait concentré.
Le journal Metropoles a révélé que l’administration fédérale brésilienne a dépensé 1,8 milliard de reais – soit 270 millions d’euros – en aliments et boissons en 2020. Il s’agit d’une hausse de 20 % par rapport à 2019. Bon, ce sont des frais de bouches certes, mais dans la myriade de sommes dépensées, il y en a une qui ressort particulièrement : 2,3 millions d’euros en achat de lait concentré sucré. Si le prix est difficile à visualiser, la quantité l’est moins : il s’agit de deux à trois tonnes de lait concentré ou 7 000 boîtes de conserve par jour.
La situation prête à rire, à défaut de faire pleurer dans ce pays embourbé dans une situation dramatique.
En pleine crise économique et sanitaire, Jair Bolsonaro est menacé de destitution pour sa gestion catastrophique de la crise du Covid-19. Le virus a déjà fait 220 000 morts dans le pays.
Le Brésil subit une seconde vague meurtrière et un variant amazonien se diffuse encore plus vite que la première version du Covid-19. De ce fait, 2,3 millions d’euros à dépenser en vaccins ou de bonbonnes d’oxygène plutôt qu’en lait concentré auraient été les bienvenu. Surtout que la campagne de vaccination cabotine, enchaine les retards et dysfonctionnements. À cela, le président un tantinet nerveux a lancé lors d’un déjeuner filmé à Brasilia le 27 janvier : « Allez vous faire foutre chez votre putain de mère, presse de merde ! Vous pouvez vous la mettre au cul, cette conserve de lait concentré ! ».
La classe.
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Intéressant. Merci
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