Les informations du 3 février à ne pas louper

L’Etat condamné pour son inaction climatique, mariage interrompu, vaccination en Europe, trois ans et demi de prison pour Alexeï Navalny : Voici les informations nationales et internationales qui ont retenu mon attention aujourd’hui.

National

L’Etat condamné pour ses manquements dans la lutte contre le réchauffement climatique

Le tribunal administratif de Paris a donné raisons aux ONG. En mars 2019, Oxfam France, Greenpeace France, Notre affaire à tous et la Fondation pour la nature et l’homme ont porté plainte contre l’Etat pour « carence fautive ». Ces ONG, réunies sous le collectif « L’Affaire du siècle », avaient lancé à la même époque une pétition pour dénoncer « l’inaction climatique » de l’Etat. Celle-ci a recueilli près de 2,3 millions de signatures. Même le Conseil d’état épinglait le gouvernement sur ce sujet en novembre 2020, lui donnant alors trois mois pour « justifier que la trajectoire de réduction à horizon 2030 pourra être respectée »

C’est désormais au tour de la justice de condamner l’Etat. Le juge administratif a reconnu, pour la première fois, que l’Etat a commis une « faute » et qu’il était « responsable » en ne tenant pas ses engagements de réduction des gaz à effet de serre entre 2015 et 2018. La courbe actuelle n’inaugure rien de bon pour les futurs engagements de la France, sensée diminuer ses émissions de 40 % d’ici 2030 par rapport au niveau de 1990, et même d’atteindre la neutralité carbone vers 2050.

Image de campagne du collectif « l’Affaire du Siècle » après la condamnation de l’Etat

La demande de réparation d’un euro symbolique pour ce préjudice a été rejetée, mais il a été considéré que cette demande de réparation en nature était fondée. Les juges ont également prononcé un supplément d’instruction, assorti d’un délai de deux mois. Un deuxième jugement permettrait ainsi au juges d’étudier une injonction d’agir, et forcer le gouvernement a revoir sa copie pour qu’il se magne de « make the planet great again », comme le disait si bien notre président.  

Val-d’Oise : la gendarmerie interrompt un mariage d’une centaines de convives

C’est mon département qui rayonne dans l’actualité nationale ! En revanche ce n’est pas pour des bonnes raisons. C’est donc dans le Val d’Oise, à Nerville-la-Foret, que la gendarmerie a évacué « rapidement et dans le calme » quelque 300 à 400 membre de la communauté des gens du voyage réuni pour un mariage ! L’organisateur et le propriétaire du terrain sont convoqués par la gendarmerie.
Autant vous dire qu’en pleine période de pandémie, ce rassemblement en région parisienne rivalise avec la classe du pot de départ au commissariat d’Aubervilliers où s’étaient réuni une trentaine de policier sans masques afin de – entre autres festivités – danser la macarena. Autre fait d’arme national en matière de fêtes clandestines, une rave party sauvage en Bretagne avait rassemblé 2.400 personnes pendant 36 heures, le 31 décembre dernier.

Modération des Réseaux Sociaux : des victimes de harcèlement attaquent Twitter en justice

Alors que les réseaux sociaux sont dans le collimateur des législateurs à la suite de leurs décisions sur le droit de vie et de mort des comptes privés de Donald Trump, Twitter se retrouve devant un tribunal pour des questions de modération.

Aurélia Gilbert a survécu au Bataclan, Georges Salines est le père d’une victime de l’attentat et Nicolas Hénin est un ancien journaliste qui fut otage de l’Etat islamique en 2013.
Leurs point commun est qu’ils ont tous été ciblés par une vague de harcèlement pendant l’été 2019 après avoir pris position en faveur du rapatriement des enfants de jihadistes français retenus en Syrie.

La plupart des messages ont été signalés et donc supprimés par le réseau social. Les trois personnes ont bien porté plainte mais le parquet de Paris a classé ces affaires en 2020 pour cause d’« auteurs inconnus ». En effet, Twitter n’a jamais répondu aux requêtes du parquet visant à identifier leurs harceleurs.
Cette fois-ci, c’est le réseau social qui est attaqué par les trois plaignants pour « complicité des délits d’injure publique » et de « refus de déférer à une demande d’une autorité judiciaire ».
Ils tiennent Twitter pour responsable du classement sans suite de leurs plaintes pour harcèlement.
La plateforme est souvent critiquée pour sa modération. En plus de fermer de nombreux comptes de militants pour des raisons parfois obscures, le site est également accusé de laxisme vis-à-vis des comptes les plus ouvertement discriminatoires ou insultants, souvent à cause d’un manque de moyen. Si Twitter perd ce procès pour les raisons qui lui sont présentées, cette conclusion ne sera pas surprenante.

Vaccins en France et en Europe : le point

Beaucoup d’informations sur ce sujet, aussi vais-je l’utiliser pour faire la transition entre la France et l’international !

Tout d’abord en France, Emmanuel Macron s’est longuement invité sur TF1 hier soir pour nous dire que les Ehpad seraient vaccinées à 80% d’ici mars, soit 500 000 personnes ou 0,74% de la population française.
Pas mal, sauf si on se rappelle que la campagne de vaccination a commencé directement par eux le 27 décembre dernier. Pour le moment, 2,3 % de la population française a reçu une première dose de vaccination. A titre de comparaison, les Etats-Unis en sont à 7,9 %, le Royaume-Uni à 14,2 % et Israël nous éclate tous avec 35 %.

Restons dans les chiffres : la France en est 76 916 décès depuis le début de l’épidémie. Il y a actuellement 28 029 patients du Covid en France, dont 3 270 en réanimation. Si vous voulez deviner l’imminence d’un confinement, suivez ces chiffres, car les restrictions sont décidées en fonction de l’engorgement des capacités des hopitaux.

Emmanuel Macron n’a d’ailleurs pas décidé d’un reconfinement pour « protéger notre jeunesse », il suggère à la place de privilégier les « Gestes barrière, se tester, s’isoler, déclarer ses cas contacts, et collectivement être responsables ».
Des mesures neuves, originales et qui ont brillé par leur efficacité jusqu’ici. Et puis de toute façon, notre président l’a dit lui-même, « Ce n’est pas notre stratégie de vaccination qui permettra d’éviter à court terme un reconfinement ». Bref, si nous devons nous reconfiner, ce ne sera sûrement pas dû au manque de vaccins, mais bien de la faute des Français. Heureusement pour nous, il remercie déjà les Français car ceux-ci sont « extraordinairement responsables ». On en reparle dans quelques semaines.

Toujours en France, la Haute autorité de la santé a annoncé qu’elle ne recommande pas le vaccin d’AstraZeneca pour les personnes âgées de plus de 65 ans car « il manque des données » sur ce vaccins concernant cette catégorie de la population. Ce vaccin, efficace à 62% selon l’Agence européenne des médicaments était censé devenir la pièce maitresse de la vaccination européenne grâce à sa conservation plus simple et son coût réduit.

Selon Emmanuel Macron, la production de vaccins anti-Covid commencera « fin février ou début mars » sur quatre sites situés sur le sol français, à l’issue d’une réunion avec les grands laboratoires français et européens.
Déjà, le président nous a annoncé quelque chose de faux. L’un des quatre site appartiens au laboratoire français Sanofi, notre fleuron national de la recherche, en retard sur son propre vaccin et qui se permet le luxe de licencier des postes dans la recherche. Ce site là ne sera donc opérationnel qu’au second semestre.
Reste les trois autres sites. Le laboratoire Delpharm va produire le vaccin Pfizer-BioNTech et Recipharm sous traitera le vaccin Moderna, ces deux vaccins étant approuvés par l’Union européenne. Le dernier site, administré par Fareva, produira le vaccin CureVac.

Revenons enfin à notre héros viral d’hier, le vaccin russe Spoutnik V. La revue médicale The Lancet a publié une étude, validée par des experts indépendants, qui confirment l’efficacité du vaccin russe à 91,6% contre le Covid-19. Désormais, la Russie veut augmenter la production de Sputnik V pour l’exporter jusqu’à la stratosphère. Au-delà de ma plaisanterie, le porte-parole du Kremlin Dmitri Peskov a déclaré que la Russie compte « démarrer la production dans des pays étrangers pour répondre à la demande croissante dans toujours plus de pays ». Traité avec méfiance à cause de l’absence de données scientifiques publiques, les pays d’Europe commencent à changer d’avis sur le vaccin. Angela Merkel, la chancelière allemande, s’est même dite ouverte à l’idée de l’utiliser en Europe, sous conditions.

International

Jeff Bezos quitte la direction Amazon

Bon vent Jeff ! Tu vas nous manquer ! Enfin ne sortez pas les violons non plus, il n’est pas à plaindre.
Après plus de 25 ans passés à la tête d’Amazon, le Jeff Bezos, PDG d’Amazon, va passer les rênes de la société à Andy Jassy, son adjoint de confiance et chef de la branche cloud du groupe.
Bezos, l’homme qui vaut 1,5 milliard, veut apparemment se concentrer sur ses œuvres philanthropiques : le Day One Fund axé sur l’éducatif et l’aide aux SDF, le Earth Fund concentré sur le réchauffement climatique, la société aérospatiale Blue Origin ou encore le quotidien Washington Post. Cependant, Jeff Bezos de disparait pas du business pour autant. Il restera « engagé dans les grandes décisions d’Amazon » en tant que président du conseil d’administration.

Cette annonce coïncide avec deux tendances. La première est qu’Amazon ne s’est jamais aussi bien porté.
Les résultats trimestriels de la société indiquent que, le Covid-19 aidant un peu, Amazon a dépassé les 100 milliards de chiffre d’affaires pour la première fois de son histoire.
La seconde tendance, beaucoup moins agréable, est que le Congrès américain commence vraiment à vouloir limiter le pouvoir des GAFA. Je comprends Jeff : moi aussi je préfèrerais me barrer avant que les gros problèmes ne me tombent dessus.

Le trafic aérien mondial se crashe

Le secteur n’a jamais vécu un choc aussi rude de son histoire. Selon l’Association internationale du transport aérien (Iata), le trafic mondial de passagers transportés par des compagnies aériennes en 2020 s’est effondré de 66% comparé à 2019. L’Iata compte 190 compagnies aériennes dans sa base de données. Selon Brian Pearce, l’économiste en chef de l’organisation, les perspectives d’une reprise en 2021 sont également « assombries » par l’émergence de nouveaux variants du Covid-19.

Navalny condamné à 3 ans et demi de prison ferme

Ça lui servira de leçon. Après tout, qu’est-ce qui lui a pris, à cet opposant principal du pouvoir russe, d’être empoisonné avec un agent neurotoxique russe, par un agent des services de renseignements russes, dans un avion russe qui reliait Tomsk et Moscou, deux villes russes. Et puis quelle idée ensuite d’être transféré de son hôpital russe, où des médecins russes ont déclaré que l’état de santé de Navalny était dû à son hygiène de vie, vers un hôpital allemand qui a détecté des traces de toxines dans son corps et l’a soigné. Quelle indécence de sa part d’avoir violé une mesure de contrôle judiciaire russe durant sa période de coma et de convalescence.

Bref, la justice de Vladimir Poutine n’en est plus à un foutage de gueule près, et ce n’est pas les réactions internationales qui infléchiront son comportement. Alexeï Navalny a été jugé mardi soir à Moscou, sous haute garde, dans un tribunal qui a changé au dernier moment. La juge Natalia Repnikova a condamné Navalny à une peine de trois ans et demi de prison pour avoir violé une mesure de contrôle judiciaire.
En 2014, il a été condamné pour des détournements dans la filiale russe du groupe français Yves Rocher, via une entreprise dont Alexeï et Oleg Navalny sont actionnaires. Yves Rocher s’est rétracté et a reconnu n’avoir subi « aucun dommage », mais il était trop tard pour stopper la procédure.
Navalny a déjà été assigné à résidence pour cette affaire, sa nouvelle peine effective est donc de deux ans et huit mois. L’opposant est un habitué des prisons : il y a passé 252 jours depuis 2013, a cause de plusieurs condamnations administratives.

Dans le cadre de nouveaux appels à la manifestation réprimés dans la violence, 1 000 arrestations ont eu lieu dans une dizaine de villes du pays. Selon l’ONG spécialisée OVD-Info, plus de 10 000 personnes ont été arrêtées à travers le pays depuis le 23 janvier. Un chiffre impressionnant, surtout que les manifestants savent pertinemment que le moindre contact avec des policier peut les amener en prison pour plusieurs années.

La méthode d’interpellation de la police russe consiste à arrêter un maximum de gens, y compris de simples passants. Cela entraine des gros problèmes pour l’administration policière et judiciaire, incapables de traiter autant de monde à la fois.
Grigori Dournovo, le responsable d’OVD-Info, explique que les personnes interpelées sont brutalisées, parfois maintenu pendant quarante-huit heures dans des autobus bondés, sans nourriture et sans pouvoir aller aux toilettes dans l’attente de la rédaction de leur procès-verbal.
En général, ils sont accusés d’avoir participé à organisation de rassemblements massifs, paient une amende de 20 000 roubles et prennent quinze jours de détention. L’heure n’est plus aux faux semblants pour le Kremlin, mais bien à l’intimidation.

Alexeï Navalny pendant son procès, le 2 février, à Moscou. (MOSCOW CITY COURT PRESS SERVICE / AFP/ GETTY)

Connu pour ses coups d’éclats, Alexeï Navalany a profité de ses derniers mots pour critiquer encore une fois Valdimir Poutine « l’Empoisonneur de slips », mais aussi pour s’adresser aux manifestants et au régime : « Le but de ce procès est d’effrayer le plus de monde possible. Mais on ne peut pas jeter les gens en prison par millions. Je continuerai à me battre à vos côtés et je vous demande de ne pas avoir peur. » Il ajoute que « La garde nationale, cette cage, ce sont des signes de faiblesse. Vous ne pourrez pas emprisonner tout le pays. »

Navalny n’est pas un saint. C’est un ex-nationaliste devenu libéral qui n’a jamais renié ses positions extrêmes sur l’immigration. Sa situation a changé quand il a décidé de se concentrer sur la lutte contre la corruption et l’accès à la démocratie.

Les russes qui manifestent aujourd’hui pour la libération d’Alexeï Navalany ne voteraient pas forcément pour lui, mais ils se battent pour avoir le droit de choisir pour qui voter. Ils sont également une minorité car la politique indiffère la majorité des citoyens : jamais le sort de l’opposant ne créera une révolution et ça c’est une victoire que Poutine est prêt à payer par une violence de plus en plus grande.

Cette situation est également un aveu d’échec pour le Kremlin. La Russie essaie d’obtenir une image de nation puissante, fiable et respectable. Navalny l’en empêche.
Ces dernières années, tout a été tenté pour le faire disparaitre : des intimidations, son invisibilisation du paysage médiatique, le fait de ne jamais prononcer son nom, et même une tentative d’assassinat.
Et pourtant, l’opposant revient, toujours aussi teigneux et bruyant. Il force l’exécutif à commenter tout ce qui le concerne : son empoisonnement, son arrestation à l’aéroport, sa vidéo sur le palais de Poutine, son incarcération et le dispositif hallucinant déployé pour le contrôler et mater les manifestations.
La stratégie russe était d’ignorer Navalny, elle s’est transformée en effet Streisand. Un face à face entre Vladimir Poutine et son opposant numéro un s’est créé, et ce dernier est devenu le prisonnier politique russe le plus connu du monde.

Ligne éditoriale du blog

Si vous me le permettez, finissons par un point de la ligne éditoriale de ce blog. Les évènements qui se déroulent en Russie sont régulièrement chroniqués ici, et le seront encore à l’avenir pour plusieurs raisons.

La première, c’est que l’Europe de l’Est, au porte de l’Union européenne et donc de la France, n’est pas assez évoquée dans l’information nationale. Un traitement a comparer directement nos amis outre-Atlantique qui sont constamment sous les feux des projecteurs.
Un peu d’autocritique cependant : je parle pas assez du Moyen- Orient, de l’Afrique et de l’Asie. Ce sont des choix que je regrette, que j’assume et auxquels je compte remédier.

La seconde raison de ce focus sur la Russie est que le pays vit actuellement une période charnière dans son système qui va définir sa politique intérieure mais aussi internationale dans les années à venir. La Russie n’est clairement pas un petit morceau : Dans le classement 2021 de Global Fire Power, elle est la seconde plus grande puissance militaire mondiale. Selon les estimations du Fond Monétaire International, elle sera 11ème du classement des pays les plus riches du monde cette année. Bref, on ne peut pas l’ignorer, surtout quand on sait ce qu’il se passe là-bas.

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