Les informations du weekend et du 15 février à ne pas louper

La France a laissé filer les responsables du génocide au Rwanda, élections en Catalogne, acquittement Trump, Birmanie sous haute tension : Voici les informations nationales et internationales qui ont retenu mon attention aujourd’hui et ce week-end.

National

En 1994, la France a laissé s’enfuir les génocidaires du Rwanda.

Dans un article paru aujourd’hui, 15 février 2021, sur Mediapart, le journal révèle que le gouvernement français de 1994 à volontairement laissé s’enfuir les membres du gouvernement responsable du génocide des Tutsis au Rwanda.
Cette affirmation du site est prouvée grâce à un document retrouvé par le chercheur François Graner dans les archives de la présidence Mitterrand sur le Rwanda.

Pour les plus sceptiques d’entre vous qui se demanderaient pourquoi vingt-cinq ans ont été nécessaires afin que cette information sorte, dites-vous simplement que la commission d’accès aux documents administratifs (CADA) a longuement résisté pour empêcher la consultation des documents de cette époque, et ce malgré leurs déclassification en 2015, puis l’annonce d’Emmanuel Macron d’ouvrir les archives du Rwanda à une commission d’historiens.
Finalement, le Conseil d’État en a eu marre et, pour « éclairer le débat sur une question d’intérêt public », il a levé l’interdiction de consulter ces archives en juin 2020.

Lorsqu’il s’agit du rôle de la France au Rwanda en 1994, il y a apparemment beaucoup de documents à consulter, et on comprendrait presque pourquoi il y a eu tant de résistance pour empêcher leur lecture. De nombreuses archives pourraient servir de preuves factuelles sur la responsabilité de la France dans le génocide des Tutsis par les Hutus, soit 800 000 morts en moins de trois mois.

Après avoir obtenu l’autorisation d’explorer ces documents longtemps protégés, François Graner a trouvé un télégramme « confidentiel diplomatie » émanant du cabinet du ministère de l’intérieur d’Alain Juppé. Emis le 15 juillet 1994, il est le sujet d’une demande d’instruction entre le cabinet,  l’ambassadeur Yannick Gérard qui représente le Quai d’Orsay au Rwanda.

François Mitterrand à Kigali en 1984, en compagnie du président rwandais Juvenal Habyarimana. AFP/ Georges Gobet

M. Gérard demande alors des « instructions claires » car il a identifié et il est en mesure d’arrêter des membres importants du gouvernement Rwandais responsables du génocide, dont le président Théodore Sindikubwabo. Ceux-ci sont alors dans une zone sous contrôle de l’armée française, en fuite vers l’actuelle République démocratique du Congo (ex Zaïre).

Selon Médiapart, Yannik Gérard écrit alors que « Nous n’avons pas d’autre choix, quelles que soient les difficultés, que de les arrêter ou de les mettre immédiatement en résidence surveillée en attendant que les instances judiciaires internationales compétentes se prononcent sur leur cas ».
Le cabinet ministériel, lui, préfère une option différente. L’ambassadeur doit faire comprendre aux membres du gouvernement Rwandais qu’ils doivent quitter la zone, sans que la France ne soit directement impliquée : « Vous pouvez en revanche utiliser tous les canaux indirects et notamment vos contacts africains, en ne vous exposant pas directement ».

Afin de remuer le couteau dans la plaie et de ramener cette histoire à l’actualité : le télégramme est signé par Bernard Émié. Conseiller d’Alain Juppé à l’époque, il est désormais directeur de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE).
Je ne sais pas personnellement si lui ou Alain Juppé ont une forte popularité, mais cette information ne va sûrement pas les améliorer.

Loi séparatisme : fermeture des lieux de culte prêchant la haine

Tel un navire en vitesse de croisière, le projet de loi « séparatisme » avance inéluctablement. Celui-ci est conçu pour lutter contre l’islamisme radical qui, selon le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin, « gangrène notre unité nationale ». C’est dans ce contexte que l’article 44 a été approuvé par l’Assemblée nationale samedi dernier. Celui-ci permet aux préfets de fermer pendant deux mois « des lieux de culte et autres théâtres de propos, d’idées, de théories, d’activités incitant à la haine et à la violence ou tendant à les encourager. »

En version courte : Cette loi vise directement à fermer les mosquées qui donnent la parole a des « prêcheurs de haine ». Depuis 2017, cette mesure était seulement applicable dans un cadre de lutte antiterroriste, elle a amené à la fermeture de huit lieux de culte musulmans.

Evidemment et comme tous les sujets qui touchent à l’islam en France, celui-ci a provoqué des débats à l’assemblée.
Pour la droite, le texte n’est pas assez punitif et deux mois de fermeture ne sont pas suffisants. Pour la gauche, cette mesure se trompe de cible et punis potentiellement une communauté entière pour des agissements individuels. Comme la phrase du communiste Stéphane Peu me semblait pertinente, je vous la remets ici « Quand on a un curé pédophile, on ne ferme pas l’église ».
Enfin, pour LREM, cette mesure permet de ne pas « laisser un lieu [de culte] otage » et à Marlène Schiappa, ministre à la Citoyenneté, d’ajouter « S’il n’y a plus de lieux pour tendre les bras aux prêcheurs de haine, peu à peu ils ne prêcheront plus ».

Si la politesse et le devoir d’objectivité minimum m’interdisent de commenter personnellement cette politique de l’autruche, je peux néanmoins vous recommander de feuilleter n’importe quel livre d’histoire (n’importe lequel hein) et de jeter un œil aux réactions des populations concernées par l’interdiction de leur religion ou la fermeture d’un de leurs lieux de culte.

Prenons la révocation de l’édit de Nantes par exemple : Interdire le protestantisme ne l’a pas fait disparaitre de France, les croyants ont juste caché leur foi et ont trouvé des lieux clandestins pour prier.
Fermer une mosquée accueillant un prêcheur de haine aura le même effet : il continuera son œuvre, mais cette fois ce sera caché dans une cave et on ne pourra même plus l’identifier.

Maman les p’tits fachos…

Quitte à rester dans la vacuité, parlons de Génération Identitaire. L’organisation d’ultra-droite s’était illustrée en 2018 dans les Hautes-Alpes, ou encore en janvier dernier dans les Pyrénées. Une trentaine de membres ont patrouillés à la frontière afin de lutter contre le « risque terroriste et migratoire dans les Pyrénées ». Marianne Thaïs d’Escufon, porte-parole de l’organisation, parlait même de « traquer les profils suspects » et « afro-maghrébins ».

Bref, que ce soit à coup de SUV floqués d’un logo « Defend Europe », à pied ou encore avec des drones, la classe de neige des militants fascistes (nationalisme + discrimination raciale et religieuse + activisme = fascisme, désolé les gars.) n’a pas fait rire les élus. Même Gérald Darmanin, dont Marine Le Pen affirme qu’elle aurait pu signer son livre Le Séparatisme islamiste, s’est déclaré « scandalisé » par l’action des identitaires, c’est dire…

Si vous tapez « Islamic State Toyota » sur Google image, vous verrez sur la première image que Génération Identitaire utilise les même véhicules que l’Etat Islamique, je suis certain qu’ils seront ravi de ce point commun.

De ce fait, l’organisation d’extrême-droite a reçu une notification de dissolution vendredi dernier. Selon Gérald Darmanin, l’« organisation a désormais 10 jours pour répondre au contradictoire. »

Clément Martin, porte-parole de Génération Identitaire a déclaré que son groupe allait utiliser « toutes les voies juridiques possibles pour contester cette décision ». Le mouvement compte également organiser une manifestation à Paris le 20 février, toujours pour protester contre cette dissolution.

Seuil de non-consentement à 18 ans en cas d’inceste :

Dimanche dernier sur le plateau du « Grand Jury », le garde des sceaux Eric Dupond-Moretti a annoncé qu’il souhaitait fixer un seuil de non-consentement à 18 ans pour l’inceste : « Personne ne pourra dire : si la victime a 17 ans, elle était où il était d’accord ».

Cette proposition a été faite en réaction à une tribune du journal Le Parisien. A travers une pétition signée plus de 50 000 fois, 164 personnalités ont interpellé les élus afin qu’ils agissent pour protéger les enfants ayant subi l’inceste : « 10% des Français qui auraient subi l’inceste […] un Français sur six […] dix millions de personnes […] c’est de crime de masse dont nous parlons » peut-on lire dans la tribune.

Ce n’est pas difficile d’être d’accord avec cette pétition. Ce qui parait dingue en revanche, c’est que certaines évidences morales ne soient pas encore inscrites dans la loi alors que nous avons des députés qui légifèrent en France depuis des siècles. Que ce soient les situations d’harcèlements, de viols ou encore d’incestes : avant tous les mouvements de prises de paroles, ces sujets étaient, au bas mot, tabou ou ignorés.

Le mardi 9 février, le gouvernement ne s’est officiellement prononcé en faveur d’un seuil de non-consentement à l’âge de 15 ans pour tout acte de pénétration sexuelle commis par un majeur sur un mineur. Il était temps de se réveiller.

International

Election régionale sous le signe de l’indépendance en Catalogne :

L’un des faits marquants du week-end concerne nos voisins les espagnols. Dimanche la Catalogne était le théâtre d’élections régionales. L’enjeu pour le gouvernement central du pays était de réduire la fracture politique béante que les indépendantistes ont creusée à Barcelone depuis plusieurs années.

Les socialistes, à la tête du pays, n’ont pas oublié le référendum d’autodétermination qui s’est déroulé en octobre 2017. Le résultat du scrutin n’a pas été reconnu, la police avait dû intervenir de façon très violente et les dirigeants du gouvernement catalan ont été condamnés à des peines allant jusqu’à 13 ans de prison, quand ce n’est pas l’exil volontaire comme ce fut le cas pour Carles Puigdemont, l’ancien chef du gouvernement catalan.

C’est dans ce contexte que le candidat socialiste Salvador Illa, ancien ministre de la Santé soutenu par le Premier ministre Pedro Sanchez, a obtenu 23 % des suffrages, soit 33 sièges sur les 135 du parlement régional. En 2017, le Parti socialiste en avait obtenu 17.
Malgré tout, cette victoire ne reste qu’un piètre réconfort car il faut réunir 68 sièges pour obtenir une majorité et être investit président de la Catalogne.

Le candidat d’ERC, Pere Argones, et le dirigeant d’ERC, Oriol Junqueras célèbrent les résultats de l’élection.  AFP / Josep LAGO.

C’est donc le parti de la Gauche Républicaine de Catalogne (ERC) mené par Pere Aragones qui sort grand gagnant avec ses 33 sièges pour 21,3 % de voix. C’est le parti du bloc indépendantiste qui a réuni le plus de votes pour ces élections.
Ensemble pour la Catalogne (Junts) de l’ex-président Carles Puigdemont est à 32 sièges et les radicaux de la CUP obtiennent 9 sièges. Finalement, les indépendantistes passent de 70 à 74 sièges au parlement, et remportent la majorité absolue.

Reste maintenant à savoir comment ERC compte diriger la Catalogne.
Deux options principales se dessinent. Il y a d’abord la solution évidente d’une coalition indépendante ERC-Junts avec le soutien de la CUP.
L’autre option, moins probable pour des questions de cohérence politique et de divergences d’opinions, serait qu’ERC inclut le Parti socialiste dans son gouvernement afin de réunir les deux partis les plus populaires aux commandes, comme ce fut le cas entre 2003 et 2010.

Enfin, le dernier rebondissement de ces élections concerne le mouvement d’extrême droite Vox. Avec une campagne menée sous le signe de l’anti-indépendance et de l’anti-immigration, la formation politique devient la quatrième force du parlement avec 11 sièges.

Mario Draghi à la tête de l’Italie

Autre moment important de ce week-end en Europe : Mario Draghi est devenu officiellement président du conseil italien samedi. En direct, « Super Mario » a prêté serment lors de la cérémonie d’investiture devant le président Sergio Mattarella. Agé de 73 ans, l’ex-président de la Banque Centrale Européenne a réuni un gouvernement qui couvre le spectre de la gauche italienne jusqu’à l’extrême-droite. Plutôt que de choisir une majorité de ministres spécialisés dans leurs domaines respectifs, Mario Draghi a opté pour une solution privilégiant les ministres avec une stature politique marquée.

Cette stratégie renforce l’implication des différentes formations politiques dans les travaux de l’exécutif et les force ainsi à soutenir activement son action plutôt que d’être dans l’opposition, ce qui crée une cohésion et un équilibre nécessaire pour de maintenir cette alliance hétéroclite.

Le plus dur reste à faire désormais. L’Italie se rapproche des 100.000 morts dus au Covid, son PIB a chuté de 8,9% en 2020 et les 209 milliards d’euros d’aides obtenus à Bruxelles par Giuseppe Conte, le prédécesseur de M. Draghi, doivent encore être réparti.

Sans surprise, Donald Trump est acquitté :

Je ne vais pas vous faire l’insulte de vous rappeler tout ce qu’il s’est passé le 6 janvier dernier au Capitole de Washington DC aux Etats-Unis. Soyons efficace sur ce sujet qui concerne un homme dont nous n’avons que trop parlé ces 4 dernières années. Accusé d’« incitation à l’insurrection », Donald Trump était jugé pour la seconde fois dans un procès en destitution devant le Sénat américain.

Ce dernier est composé de 100 sièges, dont 50 pour les Républicains qui n’étaient vraiment pas chaud pour condamner l’ex-président, et 50 sièges pour les Démocrates qui n’ont vraiment pas aimé que le perdant des élections envoie des milliers de personnes dans le saint des saints de la démocratie américaine pour tenter de les intimider.

Selon la Constitution, deux-tiers des votes du Sénat sont nécessaires pour obtenir une condamnation, soit 67 voix. Seul 57 sénateurs ont voté pour la culpabilité du milliardaire. Si l’acquittement n’est pas une surprise, le fait que sept voix républicaines aient condamné les actions de Donald Trump est un séisme pour le Grand Old Party (GOP). Lors du premier procès en destitution de Trump, seul un membre du parti républicain avait choisi sa conscience plutôt que le corporatisme politique. Dans ces deux situations, les votes n’étaient pas à bulletin secrets. Imaginez une seconde le résultat si les Républicains ne portaient pas la responsabilité individuelle de leurs choix.

Donald Trump, quittant la maison Blanche pour la dernière fois le 20 janvier. ANNA MONEYMAKER / NEW YORK TIMES / REDUX

Le verdict de ce procès n’est pas le résultat d’une défense solide de Donald Trump : les faits étaient accablants, le leader républicain au Sénat, Mitch McConnell dénonçait même le « comportement inacceptable » de Trump après avoir voté pour son acquittement pour, officiellement, ne pas créer un précédent politique.

La meilleure manière de décrire le résultat de ce procès est de reprendre les termes utilisés par l’élue Républicaine de Géorgie, Marjorie Taylor Greene, le 5 février dernier « Les électeurs républicains soutiennent [Donald Trump], ce parti est le sien et il n’appartient à personne d’autre. »

Entre le corporatisme déguisé et la lâcheté, il n’y a qu’un pas, et cet acquittement est la preuve que Marjorie Taylor Greene a raison. Le GOP, alors même qu’il a l’occasion d’écarter politiquement Donald Trump de manière durable pour assainir son camp, a trop peur des conséquences potentielles de la destitution de l’ex-président sur le parti. Trump n’a plus de réseaux sociaux, il n’a plus de mandat fédéral à son actif, et pourtant son influence tiens encore les Républicains en otages.

La Birmanie est toujours sous haute tension

Il y a quinze jours, l’armait Birmane lançait un coup d’état contre le gouvernement démocratiquement élu d’Aung San Suu Kyi et l’emprisonnait, elle et plusieurs autres responsables de son parti, la Ligue Nationale pour la démocratie (LND). Je vous avais alors écrit une modeste remise en contexte de la situation en Birmanie peu avant que le pays ne rechute dans la dictature, mais également du rôle important que jouait la Tatmadaw – nom de l’armée birmane – dans la société Birmane depuis 1962.

Deux semaines après que l’armée ai repris le contrôle du pays alors que la Constitution garantissait déjà un quart du parlement aux militaires, les postes clés du gouvernement à l’armée et que l’accord de la Tatmadaw était nécessaire pour modifier la constitution : la situation est toujours aussi tendue en Birmanie. Et c’est peut-être ce dernier point qui surprend le plus les militaires. Ils se savent détestés par la population pour des raisons historiques, mais ils ne s’attendaient pas à une résistance civile pacifique aussi importante.

Ce n’est pas parce que les manifestants ne sont pas armés que l’armée va hésiter pour autant. La Tatmadaw a toujours réagi par la force aux révoltes pacifiques et l’histoire du pays est écrite dans le sang. Pour réprimer les soulèvements 8888 (8 août 1988), l’armée a ouvert le feu sur la foule sans distinction durant les grandes manifestations anti junte, ce qui avait provoqué des milliers de morts. En 2007, lors de la révolution de safran, les manifestations furent également matées dans la violence, mais à un degré largement moins mortel.

Toujours est-il que la situation ne s’améliore pour aucun camp à l’heure actuelle. La société civile proteste de plus en plus, et l’armée augmente son arsenal et ses mesures répressives de jours en jour. D’un simple couvre-feu et d’un appel au calme le premier février, la situation a dégénéré. Sans pour autant atteindre une mobilisation importante des forces militaires pour l’instant, le maintien de l’ordre est désormais appliqué à coup de canon à eau, de gaz lacrymogènes, de déploiement de blindés.

Dimanche des soldats ont été mobilisés à Myitkyina, la capitale de l’Etat Kachin sur la frontière chinoise du pays. Les forces de l’ordre ont tiré sur la foule pour disperser des manifestants. Les sources sont encore incapables de déterminer s’il s’agissait de balles réelles ou de munitions en caoutchouc. Ce dont il est certain en revanche, c’est qu’une personne est déjà morte depuis le début des protestations. À Naypyidaw, la jeune Ma Mya Thwet Thwet Khine, 20 ans, a été débranché de son respirateur à la demande de sa famille. Elle était en état de mort cérébrale après avoir été touchée par un tir de la police lors d’une manifestation.

L’armée tente d’intimider toute la société civile. A l’heure actuelle, plus de quatre cents personnes ont été appréhendées, que ce soient des responsables politiques, des militants anti-putsch, des étudiants, des médecins et des employés du secteur public en grève ou encore des journalistes.

Un homme s’adresse a un policier à propos arrestations survenues à Mandalay, la deuxième ville de Birmanie. Associated Press

Ces derniers sont ailleurs sommés par la junte militaire d’arrêter de parler d’elle comme d’un « gouvernement de coup d’Etat ». Elle a même gentiment précisé dans un communiqué envoyé par le ministère de l’Information au club des correspondants étrangers que « les journalistes et les organes de presse [ne doivent] pas écrire dans le but de provoquer des troubles publics ».

Trêve de foutage de gueule, le chaos est partout dans le pays et ce ne sont pas les journalistes qui le causent. Des manifestations durent depuis deux semaines, les protestataires transgressent tous les jours les interdictions de rassemblements et se reconnaissent en levant trois doigts en signe de résistance. Des médias locaux signalent même des cas de défections de policiers.

Samedi dernier, ils étaient des milliers dans le centre de Rangoun. Le trafic router était stoppé pour klaxonner à l’unisson afin de célébrer l’anniversaire du père de l’indépendance birmane et de Aung San Suu Kyi : le général Aung San.

La situation plait de moins en moins aux militaires et le général Min Aung Hlaing, le commandant en chef de l’armée birmane âgé de 64 ans, donne de plus en plus de matériel et de moyens légaux à ses hommes pour terroriser la population.

En deux semaines, le pays a vécu trois coupures d’internet dont deux consécutives hier et aujourd’hui avant que les connexions ne soient rétablies dans la matinée. En 2011, le Printemps arabe a servi de laboratoire à ciel ouvert pour toutes les dictatures cherchant des exemples de répressions modernes et efficaces de la population. L’un d’entre eux est justement internet. Priver sa population du World Wide Web, c’est le priver de moyen de communication extérieurs et de canaux d’organisation.

C’est également dans le cadre du contrôle de ce médium qu’une loi sur la « sécurité numérique » doit entrer en vigueur aujourd’hui. Elle va permettre au régime militaire d’accéder aux données des internautes, de bloquer des sites d’information, d’ordonner des coupures d’Internet et d’emprisonner les personnes critiquant le gouvernement sur internet.

Sur le terrain, les forces de l’ordre ont même obtenu le droit de perquisitionner n’importe quel lieu sans mandat et de placer des personnes en détention pour une courte période sans l’autorisation d’un juge.

Enfin, méthode ultime de nombreux régimes dictatoriaux avec les kidnappings en plein jour, les arrestations d’opposants pendant la nuit sont de nouveau à la mode en Birmanie. Afin de se battre contre cette pratique, des comités de vigilance citoyenne sont apparu spontanément. Les voisins se surveillent entre eux pour intervenir en cas d’opérations nocturnes menées par les autorités pour arrêter des opposants. Le bilan est encore léger en Birmanie. L’armée est également connue pour être impulsive et n’a que faire de l’opinion. J’ai même volontairement sauté toutes les déclarations internationales car le seul pays capable d’influencer l’armée est la Chine, or, celle-ci continue ses relations avec la Birmanie comme si de rien n’était. Les menaces de sanctions de l’ONU, l’Union Européenne et les Etats-Unis n’ont que peu d’impact sur la situation actuelle et il est à craindre qu’elle ne s’aggrave fortement dans les jours qui viennent : la Tatmadaw n’est pas connue pour sa patience.

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