Les informations du weekend et du 17 février à ne pas louper

Gaudin ramasse un gadin, naissance du premier enfant français par greffe d’utérus, tollé général contre le vote par anticipation, point Covid, les USA et l’Arabie ne rigolent plus, Loukachenko attaque les journalistes : Voici les informations nationales et internationales qui ont retenu mon attention aujourd’hui.

National

Gaudin ramasse un gadin

Maire de Marseille pendant 25 ans, Jean-Claude Gaudin se retrouve à nouveau sous les projecteurs. Sept mois après avoir quitté ses fonctions, le domicile de l’octogénaire a été perquisitionné et l’ancien maire a été mis en garde à vue ans dans le cadre d’une information judiciaire ouverte le 11 juin 2019 pour soupçons de « détournement de fonds publics par une personne chargée d’une mission de service public et de recel de ce délit » selon le Parquet national financier (PNF)

Une chose est certaine : M. Gaudin ne peut pas prétendre être surpris car il avait déjà senti le vent du boulet auparavant. La chambre régionale des comptes avait épinglé le maire fin 2019 pour sa gestion des finances du personnel ou encore de l’immobilier. Dans les points relevés par les magistraux de la chambre : une « gestion des départs en retraite (…) coûteuse » et des maintiens emplois « illégaux » au cabinet du maire. Pour la juridiction,  Marseille à « sciemment » violé les règles légales sur la retraite et causé un préjudice de plus d’un million d’euros par an au contribuable.

Jean-Claude Gaudin face à la chambre régionale des comptes en novembre 2019. AFP

M Gaudin faisait déjà l’objet d’une autre enquête préliminaire mené par le PNF qui pourrait le mener, lui et six de ses proches, devant un tribunal correctionnel. Cette enquête portait sur la gestion du temps de travail des agents municipaux de Marseille et elle a permis de mettre au clair des éléments qui justifient aujourd’hui la garde à vue de M Gaudin. A l’heure actuelle, le PNF reproche à l’ancien maire l’existence d’heures supplémentaires injustifiées et l’absentéisme sans fondement des agents, notamment au Samu social.

Naissance du premier enfant français par greffe d’utérus

C’est un petit fait divers mais c’est une première en France ! Vendredi dernier, Deborah, 36 ans, et sa petite fille ont rejoint le club très privé des naissances par greffe d’utérus. Selon professeur Jean-Marc Ayoubi, chef de service de gynécologie-obstétrique et de médecine de la reproduction de l’hôpital Foch de Suresnes : « il y a eu autour de vingt naissances dans le monde » grâce à cette méthode.

Le professeur déclare que « La mère et l’enfant vont bien ». Et c’est un petit miracle car, deux ans plus tôt en mars 2019, Deborah a reçu une « greffe provisoire » utérine avec sa mère comme donneuse, âgée de 57 ans à ce moment-là. Une opération importante car la nouvelle mère est née sans utérus à cause du syndrome de Rokitansky (MRKH). Celui-ci touche une femme sur 4 500 à la naissance.

Après un an d’attente pour vérifier que Deborah ne rejette pas la greffe, puis un retard dû au premier confinement qui a stoppé les activités d’assistance médicale à la procréation, l’équipe a effectué le « premier transfert […] en juillet dernier et la patiente a été enceinte » du premier coup.

Quelques sept mois et demi plus tard et sans complications notables, le résultat est là : une petite fille de 1,845 kg.

Cette méthode, si elle est bien orchestrée, peut même permettre d’avoir deux enfants et elle représente un espoir pour les mères en recherche d’alternative à gestation pour autrui interdite en France, ou encore l’adoption.

La première naissance par transplantation d’utérus s’est déroulée en Suède en 2014, avec une donneuse vivante de 61 ans. En décembre 2017, le brésil a réitéré l’exploit avec une la greffe d’un utérus appartenant à une donneuse décédée.

Tollé général contre le vote par anticipation

Si le gouvernement voulait jouer discrètement aux apprentis alchimistes sur le projet de loi relatif aux adaptations techniques de l’élection du président de la République, c’est loupé. Leur expérience vient de leur sauter au visage.

Mardi, le gouvernement a déposé au Sénat un amendement qui vise à mettre en place des machines à voter dans certains bureaux, une semaine avant le scrutin présidentiel.

Même si cette méthode des machines à voter a déjà été utilisée localement en 2017, la commission des Lois du Sénat a examiné et, évidemment, rejeté cet amendement qui « relève du bricolage ». Cela n’empêche en rien la proposition d’être présentée à nouveau pour l’examen principal du projet de loi qui aura lieu jeudi.

Dans la Vème République, l’élection reine est la présidentielle : On ne déconne pas avec ça.
Et pourtant, le gouvernement tente par un simple amendement, sans concertation préalable, ni étude d’impact, en esquivant le Conseil d’Etat, de transformer les modalités du scrutin.

Si cette proposition est adoptée, elle permet de voter par anticipation, une semaine avant le scrutin, sur une des machines à voter réparties sous la supervision du ministère de l’Intérieur dans plusieurs villes de France. Il serait possible de voter dans le bureau d’une commune voisine si la vôtre n’en possède pas, et le vote serait dépouillés en même temps que dans les bureaux « de droit commun ». Le vote serait noté sur la liste électorale votre commune éviter le double vote.

Le Sénat – Palais du Luxembourg /Jacques Paquier

Même si la mesure a le mérite d’être moderne, ça commence à faire beaucoup pour un simple amendement et la classe politique et l’opposition se révolte à juste titre.

Commençons par le Sénat, bastion du groupe Les Républicains. Bruno Retailleau, président du groupe, s’insurge contre « une habileté politicienne qui vient finalement tromper le jeu démocratique ». Il déplore l’idée d’un vote par anticipation qui ne s’insère pas dans « la tradition républicaine, ni démocratique française » et qui « dénote un mépris profond, en tout cas une légèreté insoutenable vis-à-vis de la chose démocratique ». Toujours chez Les Républicains, le secrétaire général Aurélien Pradié se déclare « pas favorable » à cette mesure qui n’a subi aucun test d’ampleur avant de vouloir l’appliquer à la France et il suggère de d’abord l’essayer « pour les régionales ».

Hervé Marseille, président du groupe Union centriste au Sénat, décrit cet amendement « comme un cheveu sur la soupe ». Il critique cette mesure qu’il qualifie de « rustine » insuffisante pour répondre à « l’abstention et à la crise de la démocratie représentative »

Chez les socialistes – car ils existent encore -, le président Patrick Kanner parle d’une « maladresse » qui  « peut être une solution, mais pas comme ça, pas en évitant l’étude d’impact, pas avec un amendement mal ficelé, qui évoque des machines à voter qui font l’objet d’un moratoire ».

Fabien Roussel, secrétaire national du Parti communiste français, s’est lui aussi exprimé sur RTL : « Éviter l’abstention, oui. Tout faire pour que les gens aillent voter, oui. Mais je découvre hier qu’il y a un amendement qui tombe du ciel du gouvernement mettant en place un dispositif dont je ne connais rien du tout. »
Le communiste déplore un manque de transparence gouvernementale sur cet amendement qui est apparu sans respecter aucune des règles de la décence démocratique, y compris la possibilité aux élus d’« avoir le temps de l’étudier. »   

Parmi les réactions remarquables, mais beaucoup moins constructives, sur l’amendement, nous retrouvons Bernard Cazeneuve, l’ancien premier ministre socialiste qui écrit – non sans ironie – sur Twitter : « Le vote par anticipation pour l’élection présidentielle, voilà ce que le goût de la disruption parvient à produire de plus singulier. On pourrait aussi dépouiller à mesure que les citoyens votent pour gagner du temps et proclamer plus vite les résultats ! »

Enfin, les clowns de la politique se sont aussi réveillés pour crier au « bidouillage », à « l’arnaque », la « fraude » ou encore tout simplement la « mise à mort de notre démocratie ».

Robert Ménard, le pourfendeur de kebabs et accessoirement maire de Béziers, évoque une « véritable arnaque antidémocratique ». Florian Philippot lui, crie à l’« alerte fraude » sur Twitter.
Nicolas Dupont-Aignan de Debout la France s’indigne dans une vidéo de « la mise à mort de notre démocratie, car si on a plus confiance dans le mode de scrutin de la présidentielle, il n’y a plus de vie politique et de démocratie possible ».

Enfin, le Rassemblement National s’insurge lui aussi, Marine le Pen déclare sur Twitter qu’« Ils [Le gouvernement] n’ont pas le temps d’instaurer la proportionnelle, mais ils ont le temps de magouiller un vote anticipé. » Et au porte-parole du parti  Sébastien Chenu d’ajouter que cet amendement ne « garantit par la sincérité du scrutin » et que la proportionnelle devrait être une priorité.

J’ai hâte de voir comment le gouvernement va concrètement répondre à ces critiques.

International

L’UE continue la bataille du Covid et tente de rester soudée :

Depuis plusieurs semaines, la Commission européenne a les oreilles qui sifflent à cause de sa gestion discutable de la vaccination européenne. Retard de la production, ralentissement des campagnes vaccinales et Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission, qui s’est même permis de lancer un incident diplomatique concernant les vaccins sur la frontière avec le Royaume-Uni et l’Irlande alors que le Brexit n’est effectif que depuis quelques semaines. Bref, c’est la dèche et il faut réagir vite.

C’est dans ce cadre d’urgence général que l’Union européenne (UE) a conclu un nouvel accord pour 300 millions de doses supplémentaires du vaccin de Moderna. Pour plus de détail, l’entreprise américaine a communiqué que la commande comporte une livraison de 150 millions de doses aux troisième et quatrième trimestres 2021, et d’une option de 150 millions de doses supplémentaires en 2022.

Afin qu’on lui fiche un peu la paix, Ursula von der Leyen a rappelé lors d’une conférence de presse que 33 millions de doses des vaccins de BioNTech-Pfizer, Moderna et AstraZeneca ont été livrés aux Etats membres. Environ 22 millions de personnes dans l’UE ont reçu au moins une dose, et 7 millions ont été totalement vaccinés.

La Commission européenne à d’autres chats à fouetter en ce moment car les membres de l’UE semblent se refermer sur eux même les uns après les autres. L’Allemagne et la Belgique ont décidé de fermer les frontières et interdire les voyages pour lutter contre les variants du coronavirus. La Commission européenne a exhorté les États membres lever ces mesures restrictives qui, elles aussi, se répandent comme un virus en Europe. En plus de l’Allemagne et la Belgique, ces fermetures sont appliquées par l’Espagne, le Portugal, la Finlande, la Norvège, le Danemark, l’Autriche et la Hongrie.

Campagne de Vaccination japonaise et baisse des contaminations mondiales

Il n’y a pas qu’en Europe que les pays tentent de s’organiser. Pensez au Japon par exemple, qui tente par tous les moyens de garder la face et continue de promettre que les Jeux Olympiques de Tokyo, reportés l’année dernière, auront lieu comme prévu entre le 23 juillet au 8 août.

C’est dans ce but que la campagne de vaccination nippone a démarré aujourd’hui pour protéger 40.000 employés volontaires du secteur médical. L’étape suivante est, grâce au vaccin Pfizer/BioNTech autorisé dimanche 14 février, de vacciner les 3,7 millions professionnels qui composent les services de santé du Japon d’ici mars.

Avec 126 millions d’habitants pour 418.000 cas de contamination et 7.000 décès depuis un an, le pays espère ensuite vacciner la catégorie des 65 ans à partir d’avril.

Ils ne sont pas les seuls à lorgner vers l’optimisme. L’Organisation mondiale de la santé a publié les chiffres de la contamination et de morts hebdomadaires du au Covid-19. Et comme depuis cinq semaines, ils sont en baisse !

Au total, il y a un recul de 16% des nouveaux cas, soit 2,7 millions de personnes. L’OMS dénombre également 81 000 morts, ce qui représente une baisse de 10 % par rapport à la semaine dernière. Sur les six régions du monde prises en compte seule la Méditerranée orientale annonce une hausse de 7 %. En Afrique et dans le Pacifique occidental, les nouveaux cas ont chuté de 20%. Il y a une baisse de 18% en Europe, de 16% sur le continent Américain et de 13% en Asie du Sud-Est.

Pour Tedros Adhanom Ghebreyesus, le directeur général de l’OMS, ces chiffres rassurants ne doivent pas faire baisser notre garde : « Cela montre que de simples mesures de santé publique fonctionnent, même en présence de variants ». Il ajoute que « Ce qui importe maintenant, c’est la façon dont nous réagissons à cette tendance. Le feu n’est pas éteint, mais nous avons réduit sa taille. Si nous arrêtons de le combattre sur quelque front que ce soit, il reviendra en force. »

Lorsque le chat Trump n’est pas là, les MBS ne dansent plus

C’est un changement de ton radical qui s’opère depuis deux semaines entre les États-Unis d’Amérique et l’Arabie saoudite. Le président Joe Biden, par l’intermédiaire de sa porte-parole Jen Psaki, a parlé de « recalibrer » la relation entre les deux pays. Et ça passe notamment par le fait de s’adresser au roi Salmane plutôt que Mohammed ben Salmane (MBS), le prince héritier fortement lié à l’assassinat et le démembrement du journaliste Jamal Khashoggi dans une ambassade Saoudienne à Istanbul.

La fête est donc, pour le moment, terminée pour MBS qui entretenait une relation privilégiée avec Donald Trump, ce dernier n’hésitant pas à parler de « grande amitié ». Cela ne veut pas dire que les USA vont négliger leurs alliés historiques pour autant : « L’homologue du président est le roi Salmane déclare Jen Psaki, et il aura un échange avec lui le moment venu ».

Joe Biden lors de la campagne électorale de 2020

Cette baffe diplomatique au visage du prince héritier s’ajoute au soufflet que Joe Biden a infligé au prince héritier lors de sa première conférence de politique étrangère le 4 février dernier. Le président américain annonçait alors qu’il retirait son soutien à la campagne militaire saoudienne au Yémen, source d’une « une catastrophe humanitaire et stratégique ». Ajoutez la décision américaine de retirer les rebelles Houthis de la liste noire américaine des «organisations terroristes». Les Houtis sont soutenu par l’Iran et combattent le gouvernement yéménite, appuyé – pour ne pas dire contrôlés – par l’Arabie saoudite. Maintenant que vous savez tout ça, vous pouvez imaginer l’état de MBS en ce moment.

Loukachenko versus the world

Que fait-on lorsqu’on est un dictateur au pouvoir depuis 1994 qui n’arrive pas à endiguer les protestations populaires qui claironnent depuis sept mois dans son pays ? On terrorise tout le monde, y compris la presse et les défenseurs des droits.

C’est exactement ce qu’a fait le gouvernement biélorusse en perquisitionnant les bureaux de la Belarusian Association of Journalists (BAJ), le centre des droits de l’homme Viasna ou encore les domiciles de plus de vingt-cinq journalistes, militants associatifs et syndicaux. Plus de 30 arrestations ont eu lieu, on compte parmi eux Andreï Bastounets, le responsable de la BAJ.
Officiellement, cette opération a eu lieu dans le cadre d’une affaire sur le financement et l’organisation « d’actions portant gravement atteinte à l’ordre public ».

Une répression étatique d’ampleur qui a commencée le 9 août dernier, après que le président Alexandre Loukachenko ai été réélu avec 80,2 % des voix face à son adversaire extrêmement populaire durant la campagne et depuis exilée en Lituanie, Svetlana Tsikhanovskaïa.

Comme beaucoup de monde, les biélorusses n’apprécient pas qu’on les prenne pour des idiots et ils manifestent en continu contre la fraude évidente que constitue cette élection depuis plusieurs mois. Vous vous en doutiez peut-être, mais les autorités n’ont pas été formées dans le social depuis le siècle dernier. En réponse, elles interpellent à tour de bras, provoquent des violences policières et arrêtent ou, comme Mme Tsikhanovskaïa, poussent à l’exil les opposants politiques.

Images prises durant la perquisition de la Belarusian Association of Journalists. BELAPAN / REUTERS

Déjà le 22 janvier dernier, à Tallinn, lors d’un sommet informel du Conseil de sécurité des Nations unies consacré à la liberté de la presse en Biélorussie, Svetlana Tsikhanovskaïa déclarait que « les journalistes indépendants ont été arrêtés à 470 reprises, 97 ont fait l’objet d’arrestations administratives, 50 sites Web de médias ont été bloqués et 15 journalistes font actuellement l’objet de fausses accusations pénales ».

C’est aujourd’hui au tour de Boris Goretsky, vice-président de la BAJ de déclarer : « C’est la plus grande répression contre les journalistes et les militants des droits de l’homme que l’Europe ait jamais connue […] Il y a eu plus de 400 détentions de journalistes au cours des six derniers mois, et les autorités ne vont pas s’arrêter là. » Il parle en connaissance de cause, son domicile a, lui aussi, été perquisitionné durant l’opération.

Le Bélarus est, dans la même mesure que l’Ukraine, aux portes de l’Europe et il est grandement dépendant de son passé avec l’URSS. Le fait que sa population se batte pour sa liberté devrait provoquer des réactions importantes, mais les seules mesures que l’UE a prises sont le gel des avoirs d’une quarantaine de dirigeants biélorusses dans l’UE et une interdiction d’entrée sur le territoire de l’Union. Et Alexandre Loukachenko même pas sur la liste. Autant vous dire que, à l’instar de la Birmanie ou de la Russie, les autorités Biélorusse se fichent des récents états d’âme de la communauté internationale.

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