Macron, Mcfly et Carlito cassent l’internet français, Depardieu mis en examen, le Covid contre-attaque, perte de l’immunité des eurodéputé indépendantistes catalans, quinze ans de prison pour le meurtre d’une journaliste anticorruption : Voici les informations nationales et internationales qui ont retenu mon attention aujourd’hui.
National
Macron, Mcfly et Carlito cassent l’internet français
Samedi 20 février, le duo de vidéastes Mcfly et Carlito a relevé un défi lancé directement par… le président de la République, Emmanuel Macron. Dans une vidéo tournée au téléphone – parce que ça fait jeune -, le président lance un pari aux deux youtubeurs de six millions d’abonnés avec cette formule « Faites une vidéo pour réexpliquer ces gestes [barrière contre le covid-19], l’importance de les respecter […] et si vous faites dix millions de vues, vous venez tourner à l’Elysée ».
Le pari a, évidemment, été relevé par David Coscas et Raphaël Carlier qui ont publié un clip le lendemain de l’annonce avec l’objectif d’atteindre des dix millions de vues. La chaine du duo existe depuis 2012 et a atteint son pic de popularité il y a trois ans. A l’époque, Mcfly et Carlito comptabilisaient jusqu’à 22 millions de vues sur certaines vidéos et leur performances actuelles tournent autour des cinq à huit millions de visionnages par publication, ce qui est un score extrêmement respectable dans la communauté française.
Le défi consistait donc à toucher quelques trois à cinq millions de spectateurs supplémentaires sur cette vidéo qui partait avec un net avantage dans l’algorithme de Youtube : l’influence du président et le buzz autour de ce pari, tout bénef pour les partis engagés.
L’objectif a été accompli la nuit dernière, trois jours après la publication du clip « Je me souviens ». Les recettes issues du visionnage de la vidéo seront reversées aux Agoraé, un des épiceries solidaires pour les étudiants.
Désormais, c’est au tour d’Emmanuel Macron de respecter sa part du contrat et de participer au format phare de la chaine du duo : un concours d’anecdotes à l’Elysée.
Au-delà du fait divers, le président fait réalise un exercice de communication réussie auprès des jeunes, notamment auprès de la population des 18-30 ans qui regardent le contenu de Mcfly et Carlito. Après avoir longtemps relégué les réseaux sociaux au second plan, le président fait désormais feu de tout bois à un an de l’élection présidentielle et tente de se refaire une image de politique « jeune et cool » pour gagner des voix dans une population qui souffre directement de la crise économique qui découle de l’épidémie de Covid-19.

La stratégie du numérique et des réseaux sociaux en politique n’est plus neuve et beaucoup de figures politiques – si ce n’est tous – s’y sont cassé les dents ou n’ont pas trouvé le succès sur la longueur, comme Jean Luc Mélenchon avec sa chaine Twitch crée en mai 2020 mais n’a pas transformé l’essai. Dans le florilège des politiques qui tentent la voie de la modernité se comptent aussi François Fillon, Manuel Valls, Vincent Peillon, Nicolas Dupont-Aignan, Emmanuel Macron etc.
Tous possèdent une chaine sur une plateforme de vidéo, de streaming ou sur les réseaux sociaux, parfois les trois en même temps, mais aucun n’arrive a réellement à toucher le rêve de captiver et engager les fameux jeunes électeurs présent sur la toile. La plupart du temps, c’est la faute d’une communication politique appliquée par ces même politiciens, plutôt qu’un respect des codes d’internet et un intérêt réel pour la parole des jeunes.
Ces précédents n’empêche pas M. Macron de tenter l’approche du numérique avec ce défi des youtubeurs ou encore en accordant une interview au média Brut. Même les plus jeunes de La République en Marche tentent de suivre cette tendance comme Gabriel Attal qui, depuis novembre dernier, anime des échanges en direct sur Instagram tous les dimanche. Il lance aujourd’hui son émission « Sans filtre » sur Youtube et Twitch. Tous les mois, le porte-parole du gouvernement reviendra sur le conseil des ministres en compagnie d’influenceurs.
Bref, toutes ces opérations de communication sont sympathiques, mais rappelons-nous d’une chose : lors du premier tour de l’élection présidentielle, est-ce que les étudiants et les jeunes adultes se souviendront du mandat d’Emmanuel Macron comme une période qui a bousillé leurs études et leurs vie sociale avec des mesures sanitaires restrictives, sans véritable adaptation pour cette frange de la population ? Ou bien est-ce qu’ils regarderont les tracts des candidats et voteront pour le président en rigolant, parce qu’il a partagé des anecdotes potaches avec deux humoristes sur Youtube quelques mois plus tôt ? Faites-vous votre opinion, mais la jeunesse n’est pas bête.
Depardieu mis en examen pour viol
Le géant du cinéma français aurait bien aimé que l’information ne fuite pas, mais Variety, le magazine américain consacré à l’industrie du spectacle, en a décidé autrement. Selon une source judiciaire du magazine corroborée par l’AFP « M. Gérard Depardieu a été mis en examen le 16 décembre 2020 pour des accusations de viol et d’agression sexuelle.» à l’encontre d’une comédienne d’une vingtaine d’années. L’avocate de la plaignante, Elodie Tuaillon-Hibon, a demandé que « l’intimité de la vie privée [de sa cliente] soit respectée ».
La jeune femme a rapidement porté plainte pour viol et agression après ses passages dans le domicile parisien de M. Depardieu les 7 et 13 août 2018. Faute de preuves, le parquet de Paris a abandonné les charges en juin 2019, avant que l’enquête ne soit relancée à la demande de la plaignante en août 2020. L’avocat de l’acteur français, Hervé Temime, déclare que son client « conteste totalement les faits qui lui sont reprochés », l’avocat déplore également que cette affaire ait été rendue publique et s’est refusé à tout commentaire supplémentaire. Selon l’AFP, une « source proche du dossier » a suggéré que l’acteur est un ami de la famille de l’actrice.

Gérard Depardieu est un monument du cinéma français reconnu à l’international qui a – pardonnez-moi pour l’expression – très salement vieilli. À 72 ans et 180 films à son actif, l’acteur possède une carrière exemplaire parsemées de collaborations importantes comme Peter Weir ou encore Ridley Scott. Depardieu est la figure des Valseuses, il est Cyrano de Bergerac ou encore L’homme au masque de fer.
Et pourtant, depuis quelques années, il est également la star qui, ivre, a « pissé » en public dans une bouteille en 2011 sur un vol Paris-Dublin car il ne pouvait pas patienter un quart d’heure pour utiliser les toilettes de l’avion. Il est également le héraut Français/Belge/Russe de l’évasion fiscale pour avoir fuis en Belgique en 2012 pour éviter l’impôt sur la fortune. Il est également l’ami de Valdimir Poutine, ce qui lui a valu la citoyenneté russe en 2013 en plus d’une nouvelle méthode d’évasion fiscale. C’est aussi l’homme qui se vante de boire jusqu’à 14 bouteilles d’alcool par jour tout en déclarant que la France est un pays « peuplé d’étrangers et d’imbéciles qui font du vin et du fromage puant ». Comme le disait si bien Charles De Gaulle « La vieillesse est un naufrage ».
Le Covid contre-attaque
Gabriel Attal, le porte-parole du gouvernement, a annoncé aujourd’hui, après le Conseil des ministres, que la situation sanitaire concernant le Covid-19 en France « se dégrade » et qu’elle est « très préoccupante dans une dizaine de départements ». Cette évolution de la situation « impose des mesures rapides et fortes face aux risques imminents » précisant que les exemples de décisions prises par le gouvernement « la semaine dernière en Moselle » et « ce week-end dans les Alpes-Maritimes » parlent pour eux. Olivier Véran, le ministre de la santé, s’est rendu à Dunkerque au même moment et a annoncé qu’un confinement sera appliqué dans la ville dès ce week-end, du vendredi soir au lundi matin. Le premier ministre, Jean Castex, tiendra une conférence de presse demain pour détailler les prochaines mesures.
Gabriel Attal a également ajouté que les « efforts » des français devaient se poursuivre pour « éviter » un troisième confinement à l’échelle nationale, une menace qui plane sur nos têtes depuis maintenant plusieurs semaines.
International
Europe : Wherever we may roam(ing) et vaccination
Vous avez aimé la première tournée de la suppression des frais d’itinérance (roaming) dans l’Union Européenne ? Et bien réjouissez-vous parce que la Commission européenne nous propose une rallonge pour les dix années à venir ! Si comme moi vous ne le saviez pas, la mesure permettant d’utiliser son forfait mobile national sans surcoût dans nos 27 États membres de l’UE, ainsi que l’Islande, le Liechtenstein et la Norvège, est temporaire. Appliqué en juin 2017 pour cinq ans, l’une des actions les plus concrètes pour le consommateur européen devait se terminer en 2022.
Selon un communiqué de la Commission, 33% des européens estimaient que la vitesse d’internet sur leurs appareils mobile à l’étranger est inférieure à celle de leur pays d’origine. Depuis la mise en place de la réforme du roaming européen en 2017, l’utilisation des données mobiles a été multipliée par 17 durant l’été 2019, dernière année exemplaire pour prouver l’utilité de la mesure avant la pandémie de covid-19.

Ce succès est, pour le commissaire européen à l’industrie Thierry Breton, l’illustration que la suppression des frais de roaming est « une pierre angulaire du marché unique qui a fait ses preuves ».
Tant que nous sommes en train de parler de lui, ajoutons que le commissaire attaché au sujet de la production de vaccin par les laboratoires européens a déclaré aujourd’hui sur Europe 1 que « l’Europe devrait être en capacité de produire entre 2 et 3 milliards de doses par d’ici la fin de l’année ». L’Union européenne et la Commissions sont très critiquées depuis plusieurs mois pour leurs gestions de l’approvisionnement des vaccins et la lenteur des campagnes de vaccination dans les pays membres. Face à cela, le commissaire tente de relativiser en affirmant que 178 millions de doses ont été distribuées dans le monde selon les chiffres datés du 17 février : « 53 millions [ont été délivrées] aux États-Unis, 41 millions en Chine et 35 millions en Europe ».
Me gusta la immunidad, me gustas tu
Le député européen et ex-président du gouvernement régional de Catalogne exilé à Bruxelles, Carles Puigdemont, doit probablement s’arracher les cheveux à l’heure actuelle. L’organisateur du controversé – et officiellement illégal – référendum d’autodétermination de la Catalogne en 2017 est toujours poursuivi par un mandat d’arrêt européen émis par la Cour suprême espagnole pour « détournement de fonds publics » et « sédition ».
En 2018, il avait déjà fait l’objet d’une demande d’extradition de la part de la justice espagnole auprès de la Belgique pour « rébellion », un délit passible de vingt-cinq ans de prison. Une demande refusée par les tribunaux belges et allemands.
C’est dans ce contexte tendu pour le député que la commission des affaires juridiques du Parlement européen a voté, à bulletin secret, en faveur de la levée de l’immunité de M Puigdemont et des eurodéputés Toni Comin et Clara Ponsati, respectivement ex-conseiller régional à la santé et ex-conseillère à l’éducation. Une décision saluée sur la Radio nationale d’Espagne par le président de la commission et membre de Renew Europe (RE), Adrian Vazquez Lazara. Celui-ci affirmait que la commission a été la cible « de pressions, intoxications, attaques personnelles et de mensonges […] dans une volonté de déstabiliser la procédure ». Le Parti Populaire européen (PPE) a aussi salué ce vote sur Twitter par l’intermédiaire de l’eurodéputé Esteban Gonzalez Pons, il refusait l’idée que le Parlement apporte « l’impunité à ceux qui s’en prennent à l’Etat de droit dans un pays membre de l’Union ». Vox, le parti d’extrême droite se félicite que la lutte contre « les putschistes commence à porter ses fruits »
Sans surprise et malgré le bulletin secret, il devient probable que ce résultat soit lié aux votes cumulés des conservateurs du PPE, du groupe eurosceptique des Conservateurs et réformistes, de l’extrême droite, et des voix divisés des libéraux de RE et des sociaux-démocrates.

Désormais, c’est l’assemblée plénière devra voter du 8 au 11 mars, durant sa prochaine session. Précision importante des élus : une levée d’immunité ne signifie pas la culpabilité mais plutôt le retour du député au statut de justiciable, qui donne le feu vert aux autorités judiciaires pour procéder à une enquête ou organiser un procès.
Pour autant, Carles Puidgement et ses acolytes ne doivent pas sauter dans le premier avion vers une destination lointaine car il existe un précédent judiciaire belge concernant l’ex-conseiller à la culture Lluis Puig.
La Belgique a statué que la Cour suprême espagnole n’est pas compétente pour le juger, notamment à cause du risque d’atteinte au droit à la présomption d’innocence en cas d’extradition. La défense de M. Puig a présenté un dossier qui synthétise de nombreuses déclarations publiques de politiques, juges et procureurs considérant la culpabilité des leaders indépendantistes comme une évidence, et donc comme condamné d’avance.
Même s’il ne finit jamais condamné, M Puidgemont à très peu de chance de pouvoir retourner en Espagne un jour en tant qu’homme libre, ses seules options étant une amnistie, ou la création d’une Catalogne indépendante.
Quinze ans de prison pour un des auteurs de l’assassinat d’une journaliste anticorruption maltaise
Cette affirmation date du 25 mars 2019 mais elle est toujours d’actualité concernant la vision de l’UE sur le sujet et me fait toujours autant rire – ou pleurer – : au micro de RTL et sur Twitter, l’ex-commissaire européen aux Affaires économiques, Pierre Moscovici, affirmait sans sourciller qu’il « n’y a pas de paradis fiscal dans l’UE ». Il préférait désigner pudiquement « L’Irlande, les Pays-Bas, le Luxembourg, Malte, Chypre » comme des « trous noirs fiscaux […] où l’optimisation fiscale agressive trouve sa place. »
Au-delà de cette rhétorique « inconnusienne » venant de notre actuel président de la Cour des comptes, le pays qui nous intéresse aujourd’hui a été cité par M. Moscovici : Malte.
La petite ile 440 000 habitants dans méditerranée est une experte de cette fameuse « optimisation fiscale agressive » qui touches de nombreux pans de l’économie européenne, son administration joue avec les taxes et profite allègrement de ses avantages de pays membres.
L’enquête des « Malta Files » parue en 2017 mettait au jour les méthodes d’évasion fiscale, de blanchiment d’argent de l’ile. En 2017, Malte était le paradis des yachts de luxe auto-loués avec une taxe de 5,4% sur les yacht au lieu des 18%, ou encore une plaque tournante du trafic de passeport européen pour les riches investisseurs étranger en échange de pots de vin.
« Pas un paradis fiscal », laissez-moi en rire encore un peu car la suite est moins drôle et tourne même en État mafieux. En octobre 2017, la journaliste et bloggeuse anticorruption du site Running Commentary, est assassiné avec une bombe placée dans sa voiture. Daphne Caruana Galizia, une maltaise de 53 ans, enquêtait alors sur… l’affaire des passeports européens.

Avec un ton dépassant le simple poil à gratter, la bloggeuse enchainait les révélations sur la corruption au sein du pouvoir maltais, notamment le premier ministre travailliste, Joseph Muscat. Ce dernier a démissionné de son poste le 13 janvier 2020 après plusieurs révélations d’ingérence de de son entourage politique – comme son chef de cabinet Keith Schembri – dans l’enquête sur la mort de la journaliste.
C’est le 23 février, trois ans et demi après l’assassinat de Mme Galizia, que les premières sentences tombent. Le tribunal de La Valette a condamné Vincent Muscat – un homonyme de l’ex premier ministre, sans rapport avec lui – a quinze ans de réclusion pour meurtre. Il est l’un des trois accusés, avec les frères Alfred et George Degiorgio, soupçonné d’avoir fabriqué et posé la bombe dans le véhicule de la victime. Les trois accusés plaidaient de non coupable, jusqu’à que l’avocat de M Muscat, Marc Sant, annonce mardi que son client plaide coupable malgré le risque de « de réclusion à perpétuité » présenté par la juge Edwina Grima
La même journée, la famille de la victime a donné son accord à la proposition du parquet d’une peine de quinze ans de prison pour Vincent Muscat, et non la perpétuité car la justice maltaise – par l’intermédiaire du responsable de l’enquête, l’inspecteur Keith Arnaud -, a assuré que Vincent Muscat collaborait avec la police depuis 2018.
M Muscat n’est cependant qu’un homme de main, le véritable retournement de situation est l’arrestation du quatrième impliqué de cette affaire : Yorgen Fenech, propriétaire de la société 17 Black.
L’homme d’affaire a été arrêté sur son yacht – comme quoi… – en 2019, alors qu’il fuyait les côtes maltaises. Grâce aux documents des Panama Papers qui concernent les « pas des paradis fiscaux » comme Malte, Daphne Caruana Galizia a fait le lien entre Yorgen Fenech et des hauts responsables politiques maltais, notamment Keith Schembri et Konrad Mizzi, ministre du tourisme, qui ont reçu 2 millions d’euros de la part de 17 Black.
Yorgen Fenech est désormais inculpé pour « complicité » depuis le samedi 20 février. Et comme il n’a probablement plus grand-chose à perdre désormais, M Fenech a désigné Keith Schembri, comme le « vrai commanditaire » de l’assassinat. Alors, elle n’est pas belle notre Union européenne ?
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