Les informations du 19 avril à ne pas louper

La diplomatie russe est attaquée sur tous les fronts, le football européen fait sécession, un hélicoptère a volé sur Mars : Voici les informations nationales et internationales qui ont retenu mon attention aujourd’hui.

National :

Amende salée en cas de non-respect de la quarantaine

Samedi dernier, le gouvernement a annoncé la mise en quarantaine des voyageurs en provenance du Brésil, d’Argentine, du Chili et d’Afrique du Sud. Dans la continuité de cette mesure, le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal, a déclaré ce lundi sur Europe 1 que la sanction en cas de non-respect de cette mesure « sera une contravention de cinquième classe, c’est donc je crois 1 500 euros, 3 000 euros en cas de récidive, ça me semble être tout à fait dissuasif et un cadre extrêmement strict ».

Gabriel Attal était au micro d’Europe 1 ce lundi 19 avril

Toute personne arrivant de ces pays qui subissent la résurgence des variants du covid-19 doivent respecter une quarantaine de dix jours. Cet isolement va s’exécuter progressivement jusqu’à son application totale le 24 avril, il concernera également les voyageurs de Guyane.

Diplomatie Européenne :

Navalny, Ukraine, et République Tchèque : la diplomatie russe s’embourbe.

Malgré les tempêtes politiques et diplomatiques récentes qui soufflent en Russie depuis le mois de janvier, Vladimir Poutine célébrait, le 5 avril dernier, son renouvellement potentiel au poste de Président de la fédération de Russie jusqu’en 2036 (les élections ne sont qu’une formalité).
Grâce à une réforme constitutionnelle qui remet à zéro son compteur de mandats présidentiels, Vladimir Poutine, 68 ans, pourra rester au pouvoir jusqu’à ses 86 ans. Concrètement, M Poutine pourrait prétendre avoir été le leader du pays pendant la bagatelle de 36 ans, rien que ça.

Enfin, il faut encore que ses nerfs tiennent le coup car sa situation à l’international est pour le moins compliquée. Procédons dans l’ordre avec en premier lieu l’affaire Navalny.
J’ai souvent parlé de cet opposant controversé sur ce blog au cours des derniers mois.
Alexeï Navalny était revenu dans son pays en 2020 après avoir récupéré d’une tentative d’assassinat par empoisonnement qui accable le gouvernement russe. Dans une logique de David contre Goliath, Navalny a été arrêté, jugé et envoyé dans la prison « IK-2 » sans que Vladimir Poutine où la télévision ne prononce une seule fois son nom alors que celui-ci était la source de nombreuses manifestations.

Force est de constater – encore aujourd’hui – que la punition et l’invisibilisation de l’opposant N°1 ne sert à rien : tout le monde sait qui il est, ce qu’il subit, où il se trouve et comment Vladimir Poutine se démène pour donner l’impression que « Ce personnage », « Ce monsieur », « La personne dont vous parlez » ne représente rien.

La foule proteste contre l’arrestation d’Alexeï Navalny. 5 avril 2020. Dmitri Lovetsky/Associated Press

Le 31 mars dernier, Navalny a encore remis les pendules à l’heure concernant le régime russe. Depuis sa colonie pénitentiaire – un joli nom pour l’héritier des goulags -, il a entamé une grève de la faim pour mettre en lumière sa situation en prison et son absence de traitements pour de graves douleurs au dos. Depuis 19 jours, il ne consommait que de l’eau et avait reçu des menaces d’être nourri de force.

Selon le médecin personnel de l’opposant, Anastasia Vassilieva, Alexeï Navalny a atteint un niveau « critique » de concentration de potassium dans le sang. Le cardiologue Yaroslav Achikhmine a ajouté que « le fonctionnement de ses reins est altéré et que de graves problèmes de rythme cardiaque peuvent survenir d’une minute à l’autre ». En réponse, les services carcéraux russes ont annoncé aujourd’hui le transfert de M Navalny vers « une unité hospitalière pour les condamnés » malgré son état considéré comme « satisfaisant ».

Le sort d’Alexeï Navalny complique la tâche de Vladimir Poutine, qui tente depuis des années de transformer la Russie en une grande puissance internationale respectée. Problème pour lui : Les Européens sont « très inquiets » pour la santé de l’opposant russe et s’impliquent dans le sort de Navalny qui a même provoqué l’expulsion de plusieurs diplomates européens en février dernier, alors que Joseph Borell, chef de la diplomatie européenne, se trouvait en Russie.

Le torchon brûle également avec les États-Unis depuis que Donald Trump et son relatif laxisme envers la Russie n’occupent plus la Maison Blanche. Dimanche, le conseiller à la sécurité nationale, Jake Sullivan, a déclaré sur CNN qu’il « y aura des conséquences si M. Navalny meurt ».

Alexeï Navalny pendant son procès, le 2 février, à Moscou. (MOSCOW CITY COURT PRESS SERVICE / AFP/ GETTY)Navalny était

Le second sujet qui accable la Russie concerne l’Ukraine. Je vous avais également parlé de l’histoire récente de ce pays, annexé en 2014 par la Russie en Crimée et toujours en conflit avec des forces pro-russes dans la région du Donbass.

Depuis le début du mois d’avril, les tensions se ravivent entre l’Ukraine et la Russie et une trentaine de cessez-le-feu ont été décrétés depuis le début du conflit. Le dernier, établi le 27 juillet 2020, est sur le point d’éclater car une vingtaine de soldats Ukrainiens sont morts ces trois dernier mois et que la Russie a, selon M Borell, massé presque 150 000 soldats à la frontière sous prétexte d’un exercice militaire.

Au pouvoir depuis presque deux ans, le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, a progressivement abandonné sa politique naïve de la discussion et du compromis avec son voisin russe au profit d’une rhétorique plus guerrière. Dos au mur face aux provocations qui s’accumulent, M Zelensky a réclamé l’aide de la communauté internationale et a demandé l’accélération des processus d’adhésion de l’Ukraine à l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN) et de l’Union Européenne : « Nous ne pas rester indéfiniment dans la salle d’attente de l’UE et de l’OTAN » a-t-il raconté au Figaro.

En réponse, l’Union Européenne a demandé le retrait de « ces renforts de troupes afin de parvenir à une désescalade » même si celle-ci « ne s’achemine pas pour le moment vers de nouvelles sanctions ». Courageuses mais pas téméraires, l’UE et l’OTAN ont également refusé la demande d’accélération de l’intégration. Ses membres ne veulent pas provoquer l’ire de Moscou en incorporant l’Ukraine dans l’Alliance, ce qui serait quasiment perçu comme une déclaration de guerre pour la Russie.

Josep Borrell s’adresse aux médias, lundi 19 avril. FRANCOIS WALSCHAERTS / AP

Enfin, histoire de retourner le couteau dans la plaie, la République tchèque a annoncé samedi l’expulsion de dix-huit diplomates russes et lancé un mandat d’arrêt Alexandre Petrov et Rouslan Bachirov, deux agents russes déjà liés à la tentative d’empoisonnement de Sergueï Skripal au Royaume-Uni.

Selon le Premier ministre tchèque, Andrej Babis, les agents de l’unité 29155  du renseignement militaire russe sont accusés d’être « impliqué(s) dans l’explosion d’un dépôt de munitions » en 2014.
Le ministre affirme posséder des « preuves irréfutables » de l’implication des deux agents dans cet événement qui avait causé la mort de deux employés et la destruction de 50 tonnes d’armes de munitions.

Selon des sources issues des services de renseignement tchèques pour le journal Respekt, les deux agents auraient pris rendez-vous pour visiter cet entrepôt, appartenant à la société de vente d’armes Imex Group, alors qu’il « stockait des armes destinées à être achetées par un important marchand d’armes bulgare, qui était censé les vendre aux forces ukrainiennes ».

L’unité pourrait également être à l’origine de l’explosion d’un second entrepôt tchèque, abritant, lui, près de cent tonnes de munitions. Des manifestations se sont multipliées dans le pays et même Milos Zeman, le président de la république tchèque aux opinions pro russes, a décidé de garder le silence. Pour riposter face aux mesures tchèques, la Russie a décidé d’expulser 20 employés de l’ambassade tchèque à Moscou. Fidèle à sa réputation de désinformation, elle a également ajouté que l’affaire « portait la marque » de Washington.

Douze grands clubs de football européens font sécession

Dans une démarche d’honnêteté intellectuelle, je vais aborder le sujet de la Super League mais je vais surtout vous rediriger vers de articles de journaux qui en parlent mieux que moi.

Dans les faits, un tremblement de terre a ébranlé le football européen dans la nuit du dimanche au lundi avec l’annonce de la création de la Superligue, une compétition privée – comparable à la NBA pour le basket aux USA – qui compte faire de l’ombre à la Ligue des champions et qui s’attaque directement à l’Union européenne de football (UEFA).

La Superligue compte douze des plus grands clubs anglais, espagnols et italiens parmi ses fondateurs.
Son objectif est de créer un tournoi d’une vingtaine d’équipes qui contournerait l’UEFA afin de créer plus de rencontres permettrait de partager – sous prétexte de vouloir « proposer des matchs de meilleure qualité » – des recettes plus importantes entre les clubs que celles que les sécessionnistes ne recevaient grâce à l’UEFA.

Dans un communiqué publié par les clubs concernés, la compétition va directement financer les participants « En contrepartie de leur engagement, les clubs fondateurs recevront un versement en une fois de l’ordre de 3,5 milliards d’euros destinés uniquement à des investissements en infrastructures et compenser l’impact de la crise du Covid-19 ».

A titre de comparaison, l’UEFA n’a généré que 3,2 milliards d’euros de recettes télévisuelles en 2018-2019 avec l’ensemble de ses compétitions de clubs. Bien évidemment, la FIFA et l’UEFA, mais également les fans des clubs désapprouvent une telle compétition qui va soit à l’encontre de leurs profits pour les premiers, soit à l’encontre de l’esprit du football et du mérite sportif pour les seconds car la plupart des membres de la Superligue sont qualifiés d’office.

L’UEFA a également menacé d’exclure les clubs et les joueurs tentés par la Superligue, même si la légalité d’une telle mesure n’est pas assurée. C’est également l’occasion d’ajouter que le Bayern Munich et le Paris Saint-Germain ont été approchés, mais que ceux-ci ont refusé l’offre.

Il n’est également pas saugrenu d’imaginer que le PSG, club entièrement possédé par le Qatar Investment Authority depuis mars 2012, ait refusé cette offre afin de ne pas se brouiller avec la FIFA alors que la prochaine coupe du monde prévue en 2022 doit se dérouler… au Qatar.

Pour avoir plus de détail sur cette affaire qui déstabilise soixante-dix ans de football européen, je vous propose deux articles gratuits du Monde, un peu plus développés qu’un batonnage de l’AFP.
Le premier propose un résumé de la situation avec plus de détails pour les amateurs de football.
Le second et le troisième s’intéressent à la réaction de l’UEFA.

Et encore plus loin :

Un hélicoptère a volé sur Mars

Si on dépasse le simple carcan de la Terre, l’actualité touche également la planète Mars. La NASA a réalisé avec succès le premier vol de son hélicoptère Ingenuity, qui est arrivé sur la planète le 18 février en même temps que le rover Perseverance.

Le drone Ingenuity. NASA

Il s’agit ici de la première machine humaine de l’histoire à voler sur la surface d’une autre planète. L’essai initial avait été reporté le 10 avril dernier à cause d’un problème technique apparu lors du test des rotors. La NASA n’a pas cherché à prendre de risque avec Ingenuity : pour son premier vol, le drone de 1,8 kg n’a effectué qu’un décollage, un vol stationnaire de trente neuf secondes à trois mètres du sol, puis il a atterri.

Lors de son premier vol, le drone Ingenuity a pu capturer son ombre sur Mars. 19 avril 2021. NASA/JPL-CALTECH

Si l’opération parait modeste, il est nécessaire de rappeler que – tout comme pour l’atterrissage de Persévérance – toute information qui transite entre la Terre et Mars nécessite au minimum seize minutes pour être reçue. Dans la réalité, l’hélicoptère a effectué sa manœuvre préprogrammée, puis il a transmis les données vers le rover, qui les a lui-même envoyées vers un satellite autour de Mars avant que ce dernier n’envoie les images du vol vers la Terre, située à 288 millions de kilomètres. Bilan : l’opération a duré trois heures. Les prochaines étapes sont plus ambitieuses car Ingenuity ne peut tenir qu’un mois sur Mars. Le second vol se fera à cinq mètres d’altitude, puis le troisième fera voyager l’hélicoptère sur un aller-retour de cinquante mètres. Enfin, d’autres tests sont prévus pour faire voler Ingenuity lors d’une période venteuse.

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L’Europe est-elle en sécurité ?

Alors que le continent européen s’endormait le 6 janvier, un évènement singulier se déroulait outre-Atlantique. Pris d’assaut par des sympathisants trumpistes, le Capitole de Washington DC, aux Etats-Unis d’Amérique, est envahi pour la première fois depuis 1814. Cette interférence dans le processus démocratique soulève des questions sur l’avenir des États-Unis et celui du continent européen.

Un drapeau de l’Union européenne déchiré, par Andrew Barclay via Flickr

Cet article vous est également proposé sous format audio, bonne écoute !

Une semaine après les émeutes du Capitole, la situation a drastiquement changé pour Donald Trump. Les violences ont provoqué la mort de cinq personnes dont un policier et précipité la chute du 45ème président des Etats-Unis à 14 jours de la fin de son mandat.

Privé de ses comptes personnels sur les réseaux sociaux, lâché par son administration et les voix importantes de son parti, le canard boiteux est de plus en plus seul.
Pire encore, le doute s’instille chez les partisans qu’il a lui-même galvanisés avant la réunion du Congrès au Capitole. Dans son discours, le perdant des élections déclare « Vous ne reprendrez jamais le pays en étant faibles. Vous devez montrer votre force, vous devez être forts. ».
A un autre moment de son allocution, il ajoute « Nous n’abandonnerons jamais, nous ne concéderons jamais la défaite, cela n’existe pas, vous ne concédez rien quand il s’agit d’un vol. »
Il demande ensuite à la foule de descendre sur Pennsylvania Avenue et marcher vers le Capitole.

Le lendemain, celui-ci fait volte-face et déclare dans une vidéo « À ceux qui ont commis des actes de violences ou de destruction, vous ne représentez pas notre pays. Et à ceux qui ont enfreint la loi, vous paierez ». Aussi fiable qu’une girouette, Trump désavoue ainsi les assaillants du Capitole et perd également des soutiens dans la frange des nationalistes blancs et du mouvement complotiste Qanon.

La prochaine étape est une procédure de destitution du président, la seconde en moins d’un an. La différence majeure est que celle-ci pourrait être soutenue par des Républicains et mettre Donald Trump hors-jeu pour de bon.

Fin de partie

Admettons un instant que Trump ne puisse pas revenir en 2024 : Cela changerait-il pour autant la mouvance qu’il a enclenchée depuis 2016 ? Après tout, 45% des électeurs républicains approuvent l’attaque du Capitole.

On va la refaire : Presque la moitié des électeurs d’un parti majoritaire de la politique Etats-Unienne soutient une attaque directe contre un processus démocratique et les représentants élus par le peuple. Sans accuser l’entièreté du parti Républicain d’être d’extrême droite, il difficile de nier qu’une quantité non négligeable le constitue.

D’où cette remarque : Si ce n’est pas Trump qui se représente en 2024, rien n’empêche l’apparition d’un candidat qui se revendique de son héritage.
Dire que Joe Biden a gagné à la régulière serait également de mauvaise foi. La gestion désastreuse du Covid-19 de la part de l’administration Trump est l’élément qui lui a permis de se démarquer. Sans ça, Trump serait probablement encore au pouvoir.

Cet avantage ne se représentera pas aux prochaines élections, et pose définitivement la question de la fiabilité des Etats-Unis. Si le prochain président de la première puissance mondiale se révèle antidémocratique et se désengage encore plus des traités internationaux, c’est l’Europe qui risque de déguster.

Une dépendance dangereuse

Nous, européens, devrions-nous sentir profondément concernés par ces évènements ne serait-ce que pour une simple et unique raison : Les Etats-Unis sont le principal contributeur de l’OTAN.
Nous sommes dépendant et presque otages des forces américaines. Selon le Defense Manpower Data Center, plus de 70 000 membres du personnel de l’armée américaine étaient stationnés en Europe dans le cadre de l’OTAN en 2020.

Dépendance également à cause du parapluie nucléaire américain présent dans la zone. Enfin, les EU possèdent un statut d’arbitre extérieur surpuissant qui leurs permet de limiter les conflits comme dans le cas des tensions gréco-turques du 11 août dernier. La situation en Ukraine depuis 2014 a également donné un regain d’intérêt des Etats-Unis pour la défense de l’Europe mais le géant militaire se désintéresse de la zone et porte désormais son attention sur l’Asie.

Dernier point non négligeable, les pays européens dans l’OTAN sont de plus en plus considérés comme des boulets qui ne jouent pas le jeu. Sur les 29 états membres de l’organisation militaire, seuls huit pays de l’UE investissent plus de 2% de leur PIB dans la défense. La France n’a rejoint ce cercle fermé qu’en octobre dernier, et ce à cause de la perte de PIB due à la récession économique mondiale (-9% en 2020). Au total en 2020, l’Otan a consacré plus de 1 000 milliards de dollars à sa défense, 70 % viennent des Etats-Unis

Réveil européen

Que faire si nous ne pouvons plus compter sur cet allié ? Sans lui, les pays européens sont des cibles relativement faciles en cas de conflits conventionnels – ou pas, souvenons-nous de l’Ukraine – avec leurs voisins comme la Russie. La menace pourrait même provenir de nos propres alliés aux intentions douteuses comme la Turquie.

Et c’est là que le bât blesse. L’UE n’est plus en sécurité avec cette situation. Parmi les dix premières puissances militaires mondiales, la France et le Royaume-Uni sont les seuls pays européens du classement. Avec le Brexit, il ne reste presque que la France pour donner un semblant de légitimité militaire aux nations de l’Union Européenne.

Tout ce qui est dit au-dessus n’est pas nouveau et les leaders européens ne se voilent pas la face. Le président Emmanuel Macron, par exemple, promeut une « Europe de la défense » depuis le début de son quinquennat. Dans un autre registre, Ursula von der Leyen, ancienne ministre fédérale de la Défense allemande et désormais présidente de la Commission européenne, tiens à augmenter la capacité de l’UE à agir même si son engagement est plus modéré.

Dans un entretien pour les Echos datant du 27 décembre 2019, elle explique que lorsque « l’Europe est appelée au secours, elle doit pouvoir réagir. »
Elle estime également que l’OTAN « sera toujours un puissant levier de défense collective[…]. L’Europe, quant à elle, ne sera jamais une alliance strictement militaire. Mais il y a des sujets, comme la stabilisation de notre environnement ou la lutte contre le terrorisme en Afrique, où je ne vois pas l’OTAN se mobiliser. »

Make Europe Great Again

Les citoyens de l’UE ne s’y trompent pas non plus. Dans l’eurobaromètre 2018, 68 % des européens ont déclaré que l’Union européenne devrait s’impliquer davantage dans le domaine de la défense.

La dernière réponse concrète en date de l’UE depuis l’apparition de ce sondage est le fond européen de la défense (FED). Adopté au budget pluriannuel européen pour la période 2021-2027, le FED vise à soutenir financièrement les initiatives européennes concernant les produits et les technologies liés à la défense. Dans les faits, ce soutien à la recherche et développement devait posséder un budget de 13 milliards d’euros, il ne sera finalement que de 7 milliards, Covid et départ du Royaume-Uni oblige.

Mais mis à part de la R & D, qu’y a-t-il de concret en matière de défense européenne ? L’Europe possède des outils, mais aucun n’est équivalent à une force d’intervention rapide prépositionnée comme l’OTAN.

Les forces de défense de l’UE

L’armée européenne n’existe pas, son idée primaire est morte en 1954 avec la Communauté Européenne de Défense. C’est à force de traités européens (Maastricht et Lisbonne) que des nouvelles bases permettent aux armées des membres de l’Union d’agir aujourd’hui en coordination.

La principale base concrète de la défense de l’UE est la Politique de Sécurité et de Défense Commune (PSDC). Composée de tous les états membres sauf le Danemark, l’objectif de la PSDC est de donner des capacités opérationnelles à l’UE. Ces interventions sont complémentaires et coordonnées avec l’OTAN, ce n’est pas une rivale. La PSDC possède également une clause d’assistance entre les états membres de l’UE. Cependant – et comme beaucoup de mécanismes européens -, elle nécessite un vote à l’unanimité du Conseil Européen et du Conseil de l’Union européenne pour mettre en place une opération. Cet organe ne sera donc jamais un symbole de réactivité. Autre coup dur : Sur les 17 opérations en cours, seules 6 sont d’ordres militaires et les Battlegroups européens possèdent des moyens relativement modestes et un bilant mitigé, la faute à une utilisation inexistante. Le mécanisme doit pourtant illustrer les capacités de l’UE à se défendre et apporter son soutien militaire à l’international.

La seconde base en matière de défense opérationnelle de l’UE est l’Initiative Européenne d’Intervention (IEI). Crée en 2018 pour agir en dehors du cadre extrêmement lourd de la PSDC, elle fonctionne en coordination proche avec la Coopération Structurée Permanente (CSP). Cette dernière vise à développer la collaboration entre 23 états volontaires dans les dépenses concernant la défense. C’est dans ce cadre de la coopération des économies de la Défense européenne que l’IEI entre en scène. Son but, développé par Emmanuel Macron en septembre 2017 à la Sorbonne, est de doter l’Europe d’une « force commune d’intervention, d’un budget de défense commun et d’une doctrine commune pour agir. » Plus simplement, il s’agit de créer un noyau dur d’états « militairement capables et politiquement volontaires » avec une structure militaire commune pour que les états-majors des pays européens participants puissent collaborer de manière optimale.

Cependant et encore une fois, cette organisation vise à répondre rapidement à des crises spécifiques, et non pas d’être une force d’intervention rapide prépositionnée comme l’OTAN. Autre point à soulever, cette structure favorise une Europe à deux vitesses. Elle ne concerne que treize pays pour le moment dont le Royaume-Uni, ce n’est donc pas une collaboration de pays exclusivement membres de l’Union. Même si elle laisse des pays de l’UE sur le carreau, l’IEI est ce qui se rapproche le plus d’un groupe de réaction rapide efficace en cas de crise européenne.

Il existe également une longue liste d’autres structures  et postes européens qui servent à harmoniser les armements, améliorer la coopération, diriger la politique étrangère de sécurité de l’UE etc.
La réalité est qu’en matière de forces opérationnelles, l’Europe ne possède que la PSDC, critiquée pour n’avoir jamais été réellement employée sur le plan militaire. Elle compte également l’IEI, qui n’intègre pas l’entièreté de l’Union dans un projet de défense à réaction rapide.

Dans un monde où les Etats-Unis n’interviendraient plus, est-ce que les membres de l’IEI se coordonneraient rapidement pour intervenir en Grèce (membre de la PSDC, mais pas de l’IEI) si la Turquie venait à réitérer ses actions intimidantes dans les eaux grecques ? Feraient-ils la même chose si la Russie s’intéressait un peu trop à la Pologne ? Rien n’est moins sûr.
La seule certitude actuelle est que le seul et unique outil sur lequel les européens se reposent pour la majorité des risques est l’OTAN. L’organisation existe depuis 1949, et ses membres espèrent encore aujourd’hui qu’elle répondra aux enjeux du monde 72 ans plus tard.

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