Approuvé le 22 janvier par le Parlement britannique et ratifié le 29 janvier dernier par le Parlement européen, l’accord du Brexit prend effet aujourd’hui. C’est la fin de la (longue) première partie d’un calvaire politique et législatif à l’échelle nationale et internationale.

Vendredi 31 janvier 2020, le dernier coucher de soleil du Royaume-Uni dans l’Union Européenne (UE).
Trois ans et demi après le référendum sur l’appartenance à l’UE, les britanniques s’apprêtent à voguer vers de nouveaux horizons. Le Brexit est là, sans pertes ni fracas.
Pour obtenir ce résultat, il n’aura fallu que 1317 jours, deux Premiers ministres britannique, trente-six mois de négociation et deux accords. À ces chiffres déjà hallucinants s’ajoutent six élections. Deux générales, deux au sein du parti conservateur, une pour le parti travailliste et les élections européennes (sic).
Certains pays de l’Union tout comme Bruxelles se sentent touchés en plein cœur par ce départ annoncé depuis le mois de juin 2016, mais la France ne peut pas forcément en dire autant.
Pour vérifier ce désintérêt français pour la politique Européenne, il suffit de voir comment les journaux télévisés de 20h de TF1 et France 2 ont superbement ignoré la séquence inédite d’unité européenne qu’a offert le Parlement européen, le 29 janvier dernier.
Comme l’écrit Virginie Malingre dans le journal le Monde, l’UE est « trop technique, mal incarnée, compliquée à appréhender…. Et notre télévision le lui fait payer. »
Et pourtant, c’est cette même actualité européenne qui fait aujourd’hui nos Unes avec le Brexit. Il suffit simplement de passer devant un marchand de journaux ou un kiosque rempli aux couleurs de l’Union Jack bleus, rouges et blancs pour se rendre compte qu’il s’agit de l’actualité du jour : Le Royaume-Uni largue les amarres.
Notre presse y consacre d’ailleurs ses plus belles pages : « L’adieu à l’Europe » titre Le Figaro. « Bye-bye » écrit Le Parisien, « See you! » rajoute La Croix et ses 17 pages sur le sujet. « L’Europe entre dans l’inconnu » écrit Le Monde. Le prix de la plus belle Une de la journée est cependant attribué Libération pour son « It’s Time » avec un avion de papier aux couleurs britanniques, touchant de simplicité. Pour le journal, il est certes temps de laisser la Grande-Bretagne s’en aller, mais pas sans lui accorder un dossier de 28 pages.
La fête n’est pas finie
Le Royaume-Uni s’en va donc de l’Union Européenne, mais comme beaucoup de députés britanniques l’ont soulevé lors de leur dernière session au Parlement européen : la Grande-Bretagne reste en Europe, elle espère garder son statut de pays partenaire et d’ami dans les années à venir.
C’est un grand défi qui attend le Royaume-Uni. Il devra désormais négocier sa future relation avec l’UE en tant que pays tiers face aux 27, au même titre que le Canada par exemple. Les sujets de négociation concerneront la sécurité, les renseignements, l’aviation civile, l’accès aux zones de pêche, le programme Erasmus etc.
De plus, les britanniques sont toujours divisés : la Première ministre écossaise, Nicola Sturgeon, se bat pour que son pays reprenne le chemin de l’indépendance. Du côté de l’Irlande, la peur d’une fracture entre le nord et le sud est plus présente que jamais. Ce royaume n’a d’uni que le nom et seul le temps prouvera désormais sa solidité face à une stabilité rudement mise à l’épreuve ces dernières années.
Quant au Brexit, c’est une illusion si les européens croient que la page est tournée. La coupure n’est pas si nette que ça. Le Royaume-Uni est encore soumis, jusqu’à la fin des négociations et donc de cette année, aux règles de l’UE et à ses obligations envers ses membres. Les européens auront donc encore de nombreuses occasions d’entendre parler de nos voisins outre-manche.
Si l’on observe la situation d’un point de vue factuel, 15% de la puissance économique de l’Union disparaît.
D’un point de vue plus humain cependant, les européens perdent 66 millions de concitoyens, c’est une perte sans précédent.
Pour le mot de la fin, l’ex Premier ministre belge et actuel député européen Guy Verhofstadt a exprimé l’opinion d’une majorité des européens ce 29 janvier dernier lors du débat sur l’accord du Brexit au Parlement européen : « Je voudrais rendre hommage à mes collègues britannique, ou du moins l’immense majorité d’entre eux. Ils ont toujours apporté de l’esprit, du charme, de l’intelligence – quelques-uns je précise – et, il faut le reconnaître, une sorte d’obstination à ce Parlement. Et je peux dire au nom de tous […] vous allez nous manquer dans les temps et les années à venir. »
UK, out.
Hugo Scheidecker
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