Le mauvais signe du recul du chômage, chantage informatique à l’hôpital, réunion du G5 Sahel et la vraie fausse lutte de l’UE contre les paradis fiscaux : Voici les informations nationales et internationales qui ont retenu mon attention aujourd’hui.
National
Recul du chômage : bons chiffres, mauvais signes
En temps normal, c’est une nouvelle qui provoquerait l’ouverture d’une bouteille de champagne au ministère du Travail, mais les circonstances actuelles forcent à relativiser cette information : Selon les données publiées par l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee), le taux de chômage a reculé en France à 8 % au quatrième trimestre 2020. Au troisième trimestre, il était à 9,1 % ce qui nous fait une baisse de 340 000 chômeurs et nous amène à un total de 2,4 millions de personnes sans emploi sur l’ensemble du territoire. Champagne ! Ben non, toujours pas.
Même l’Insee ne fait pas la fête car les données enregistrées en fin d’année 2020 sont « pour partie en “trompe-l’œil” ». Pour faire simple, les données ne sont pas représentatives pour deux raisons : Certains chercheurs d’emplois se sont découragés au quatrième trimestre, et le calcul du nombre de chômeurs a été parasité par le Covid
Si vous souhaitez plus de détails, l’Insee explique ce recul du chômage « en raison du deuxième confinement, entre le 30 octobre et le 15 décembre » de l’année 2020. Certains demandeurs d’emplois n’ont pu chercher un métier et contacter des employeurs « dans les conditions habituelles ». L’effet immédiat est que ces personnes « ont basculé vers l’inactivité », par découragement ou parce que le secteur a été stoppé » net par les mesures de l’Etat. De ce fait, ils disparaissent de la base de données.

L’autre effet est que l’Insee n’a pu effectuer une enquête dans des conditions normales cette année.
A cause des deux confinements, les sondés ont répondu aux questions de l’institut de sondage par téléphone plutôt en tête-à-tête. Le « taux de collecte » des renseignements, lui, a reculé de 2,6 points par rapport à l’année dernière.
Enfin, cette baisse du chômage est également mise à mal par une autre étude de l’Insee parue le 5 février. Dans son rapport, 360 000 salariés du secteur privé ont perdu leurs emplois. Il est toujours possible de se rassurer en se rappelant que l’Insee tablait en décembre dernier sur la destruction de 600 000 emplois en 2020.
Chantage informatique à l’hôpital
Entre l’état du milieu hospitalier depuis plusieurs années et le choc de la pandémie, les hôpitaux en France n’ont pas beaucoup de raisons de sourire. Et bien figurez-vous que même si vous estimez être dans le pétrin, il y a toujours pire !
C’est par exemple le cas pour le centre hospitalier de Villefranche-sur-Saône situé dans le Rhône. A l’instar de leurs collègues du centre hospitalier Dax-Côte d’Argent dans les Landes, ceux-ci sont victimes d’un nouveau mal du milieu hospitalier : les attaques informatiques.
La situation ne prête pas forcément à rire, mais vu le contexte sanitaire mondial, il y a du fric à se faire en rackettant des hôpitaux. C’est ainsi que l’hôpital de Villefranche a déclaré dans un communiqué être une victime du cryptovirus RYUK qui « impacte fortement » les sites de Villefranche, Tarare et Trévoux de l’hôpital Nord-Ouest.
Ce cryptovirus RYUK est un ransomware (ou « rançongiciel » selon notre chère académie française).
L’objectif de ce logiciel malveillant est de bloquer un système informatique, et de le réactiver qu’une fois que la victime a payé d’une rançon. Et oui, l’utiliser sur un hôpital fait de son utilisateur une belle ordure, mais s’il existe des vendeurs d’armes, des proxénètes ou encore des assassins, pourquoi pas des racketteurs d’hôpitaux ?
Dans tous les cas, le centre hospitalier de Villefranche fait face à des gros problèmes techniques.
Le système d’information est bloqué, Internet est coupé et seul le standard des urgences est encore actif. Si des patients ont besoin des services d’urgences ils sont orientés vers d’autres hôpitaux ou cliniques grâce à l’aide de l’agence régionale de santé, le SAMU et les pompiers.
Selon un rapport publié le 1er février par l’agence nationale de sécurité des systèmes d’information (Anssi), actuellement sur le terrain pour enquêter, le secteur de la santé et notamment les hôpitaux sont des cibles prioritaires des ransomware. Ma situation est encore pire depuis 2020 car la pandémie oblige « plus facilement les hôpitaux à payer la rançon au vu du besoin critique de continuité d’activité ».
Cinq ans de prison pour George Tronc ?
Pour certains, monsieur George Tronc est le maire de la ville de Draveil depuis 1995, un ancien député et surtout un ancien secrétaire d’État. Ce qui est moins sympa dans son histoire, c’est qu’il a dû démissionner de ce dernier poste en 2011 pour une affaire de viols et agressions sexuelles.
Petite coïncidence, sa mésaventure arrive quelques jours après le scandale similaire de Dominique Strauss-Kahn, ancien patron du Fonds monétaire international.
Deux anciennes employées accusent l’homme politique d’attouchements et pénétrations digitales forcés entre 2007 et 2010. Brigitte Gruel, son adjointe à la Culture, est également au rang des accusés en tant que complice.

Les accusés démentent dément toute relation sexuelle avec les accusatrices et, même si la cour d’assises de Seine-Saint-Denis avait estimé que bien que des relations sexuelles étaient plausibles, il n’existait pas de contrainte. Ils ont donc été acquittés en première instance en 2018
C’est désormais à la cour d’assises de Paris que se déroule le procès en appel. Cette fois-ci, la justice a requis deux ans de prison avec sursis contre Mme Gruel, et M. Tronc risque cinq ans d’emprisonnement, dont trois avec sursis.
Mercredi, nous saurons enfin si l’ancien secrétaire d’Etat est condamné après dix ans de procédure.
International
La France, le Mali, le Burkina Faso, le Tchad, la Mauritanie et le Niger sont sur un bateau
Un an après le sommet de Pau, le G5 Sahel s’est partiellement retrouvé le lundi 15 et mardi 16 février, à N’Djamena, au Tchad. Le seul absent physique de ce rendez-vous est Emmanuel Macron.
Ce dernier n’a pas pris la peine de rejoindre ses homologues malien, burkinabé, tchadien, mauritanien et nigérien pour plusieurs raisons.
La version officielle Française est que les frontières nationales sont fermées, une excuse que la presse africaine n’hésite pas à tourner en ridicule. La raison moins avouable de cette absence en revanche, c’est le lieu du sommet du G5 : Le Tchad.
À la veille des élections présidentielles qui apporteront sans l’ombre d’un doute un sixième mandat au Maréchal Idriss Déby, Emmanuel Macron et l’Élysée ne peuvent s’autoriser l’embarra d’un sommet international à propos de la lutte anti-terroriste dans une dictature qui maltraite ses propres citoyens.
C’est donc par visioconférence que le président français a déclaré qu’il fallait à « décapiter » les groupes djihadistes affiliés à Al-Qaïda qui constituent toujours une menace au Sahel.
Selon Emmanuel Macron, « nous avons réussi à obtenir de véritables résultats dans la zone des trois frontières », au Mali, le Niger et le Burkina Faso. L’ennemi commun visé par ces états est l’organisation Etat islamique dans le grand Sahara, celle-ci « a perdu son emprise et subit de nombreuses pertes ».

Cette réussite tactique est à relativiser avec le bilan humain du conflit. Cette région du monde compte plus de deux millions de déplacés et les attentats, les attaques armées, les kidnappings en masse et autres atrocités commises sur les civils sont monnaie courante. Au-delà des exactions djihadistes, l’armée française perd également sa popularité. La France est présente depuis huit ans dans le Sahel et y mène encore aujourd’hui l’opération anti djihadiste française « Barkhane ». Elle fut royalement accueillie au départ mais l’enthousiasme a bien tiédit depuis le temps, l’armée française est même suspectée d’avoir bombardé des civils lors d’un mariage au Mali le 3 janvier dernier.
Même en France, le vent semble avoir tourné. Dans un sondage IFOP datant du 11 janvier 2021, 51 % des français sondés ne sont « pas favorables » à l’intervention militaire française au Mali.
Pour le moment, nous disposons d’environ 5 100 hommes au Sahel, et l’objectif de plus en plus évident d’Emmanuel Macron est de réduire notre engagement sur place, mais pas pour tout de suite. « Des évolutions sans doute significatives seront apportées à notre dispositif militaire au Sahel en temps voulu mais elles n’interviendront pas dans l’immédiat » a déclaré Emmanuel Macron lors du sommet.
Le scénario idéal pour la France serait désormais que les autres pays du Sahel prennent des décisions similaires à Idriss Déby. Le président du Tchad a officialisé l’envoi de 1 200 soldats dans la zone des « trois frontières ».
La lutte hypocrite de L’UE contre les paradis fiscaux
Pour le moment, la Turquie ne figure pas sur la « liste noire » des paradis fiscaux selon l’Union Européenne (UE). Cette situation risque de changer si Ankara ne partage pas ses données bancaires avec la France, l’Allemagne, la Belgique, l’Autriche, les Pays-Bas et Chypre dans les quatre prochains mois. En plein contexte de tensions autour de l’exploration d’hydrocarbures en Méditerranée, ce « dernier délai » accordé à la Turquie par l’UE est un signe d’apaisement car l’échéance avait déjà été repoussée début 2020.
Crevons l’abcès : le sujet le plus important ici n’est pas forcément la situation avec la Turquie.
L’UE est extrêmement hypocrite dans cette histoire. Je suis personnellement fasciné par cette organisation mais là, c’est l’hôpital qui se fout de la charité.
Depuis 2017, l’UE tiens deux « listes » concernant les paradis fiscaux. Une « liste grise » qui indique les pays à surveiller, et une « liste noire » qui limite l’accès à différents fonds européens en plus d’être un fardeau pour la crédibilité pour les des pays concernés.
Pour tomber dans ces listes, il faut cumuler trois critères : le manque de transparence, la pratique d’une concurrence fiscale déloyale et le non-respect des mesures de base d’imposition et de transfert de bénéfices. Cette liste est régulièrement mise à jour et, dans un monde parfait, rien de tout cela ne poserait problème.

Le souci dans cette situation est que l’UE est une très bonne donneuse de leçon qui n’a apparemment rien à faire du proverbe « charité bien ordonnée commence par soi-même ».
Selon l’ONG Tax Justice Network, la « liste noire » ne concerne que des pays responsables de 1,72 % des pertes fiscales mondiales. Pour ne rien arranger, certains territoires notoirement connu pour leurs politiques fiscales n’y sont plus, comme les îles Caïmans depuis octobre 2020.
Et si ce n’était que ça, je laisserais encore passer. Non, le bouquet final, c’est que l’Union Européenne, sous prétexte d’utiliser ses listes pour faire face à des menaces externes, est elle-même un bac à sable fiscal.
L’Irlande, le Luxembourg, Malte et les Pays-Bas remplissent tous les critères des paradis fiscaux et font de la concurrence déloyale directement dans le marché commun. Et encore, ce sont des pays membres contrairement à Monaco, Andorre ou le Liechtenstein qui bénéficient eux aussi d’une carte blanche quand il s’agit de jouer avec le fric en Europe.
En une dizaine d’année, plusieurs enquêtes ont mis aux jours les pratiques de ces état membres de l’Union qui donne des leçons : LuxLeaks, les Panama Papers, les Paradise Papers et encore la semaine dernière, OpenLux. Lisez les et, la prochaine fois qu’un pays de l’UE parle de la lutte contre la fraude fiscale, pensez à moi.
Abonnez-vous !
Recevez directement le nouveau contenu dans votre boîte de réception.
































